FUNDACIÓN EUROPEA PARA EL PSICOANÁLISIS

FONDATION EUROPÉENNE POUR LA PSYCHANALYSE

 

Journées d’étude

Barcelone

 

23 et 24 mai 2009

 

La filiation dans l’actualité

 

Complexe d’Oedipe ou structure infantile du désir?

Du modèle oedipien à la structure du désir comme opérateur fondamental de la psychanalyse

 

Juan BAUZÁ

 

Je ne suis pas du tout en train de dire que l’Œdipe ça ne sert à rien, ni que ça n’a aucun rapport avec ce que nous faisons. Ça ne sert à rien aux psychanalystes, ça c’est vrai ! Mais comme les psychanalystes ne sont pas sûrement des psychanalystes, ça ne prouve rien.

(LACAN, J., Séminaire XVII, s. 11.03.1970)

 

Ce qu’il y a de certain, c’est que ce qui est complètement élidé dans le grossier schéma: meurtre du père - jouissance de la mère c’est le ressort tragique, [...] ce que nous nous proposons, c’est de l’analyse du « complexe d’Œdipe » comme étant un rêve de Freud.

(Ibíd.)

 

Quel est le secret de la psychanalyse? De quoi il s’agit dans un traitement psychanalytique? Quelle est la opération fondamentale dans une cure psychanalytique? Si nous restons avec Freud il semble claire: Le “complexe d’Oedipe”, sa dé-couverte derrière les symptômes supposés analysables, son analyse spécifique dans chaque cas, son traitement, disons son dépassement ou résolution par l’analyse, au moins comme idéal.

 

Dans les Trois essaies pour une théorie de la sexualité, la section 5 du troisième essai, Freud se réfère à un aspect fondamental de la sexualité, et notamment de la sexualité adulte, ce qui donne titre à la même, la “Trouvaille d‘objet”. C’est précisément là-bas où Freud se réfère au complexe d’Oedipe dans une note agrégée en 1920 et attaché au paragraphe sur la “barrière de l’inceste

 

Nous avons affirmé que le complexe d’Oedipe est le complexe nucléaire de la névrose, la pièce essentiel de leur contenu. Dans celui-ci culmine la sexualité infantile [et, on pourrait dire que c’est leur permanence ou non dissolution ou disparition ce qui fait interférence dans une sexualité adulte malheureuse], que, de par ses conséquences, influe de façon décisive sur la sexualité de l’adulte. A chaque être humaine qui naît se pose la tâche de maîtriser ou de surmonter, de résoudre le complexe d’Oedipe; celui qui ne peut pas la résoudre, tombe dans la névrose [qui en essence dans ses symptômes répond au retour de cette non résolution]. Le progrès du travail psychanalytique a relevé avec des traits de plus en plus nettes cette signification du complexe d’Oedipe; sa reconnaissance [même si nous pensons que leur interprétation et signification n’est pas encore achevée] a passé à être le shibbólet qui sépare  les tenants de l’analyse de ses adversaires.

 

Dans l’ Abrégé de psychanalyse (1938) nous pouvons lire:

 

Je me permet de penser que, si la psychanalyse n’avait pas dans son actif que la seule découverte du complexe d’Oedipe refoulé, cela suffirait pour la situer parmi les précieuses acquisitions du genre humaine.

 

Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de justifier encore cette idée suffisamment corroboré tout au longue de l’œuvre de Freud depuis sa correspondance avec Fliess et la Traumdeutung jusqu’à Analyse achevé et inachevé (1937)

 

A partir de là les problèmes que dans l’analyse nous pouvons cerner comme symptômes analysables et que même on peut penser que nous pouvons les réduire à problèmes de couple, soit parce que on ne l’a pas, on ne peut pas la retenir, on veut pas celui-là ou en veut une autre, ou simplement avec celle qu’on a c’est un enfer ou un purgatoire, en tout cas il ne semble pas que ce soit le ciel promis dans les contes infantiles que, comme vous savez, finissent où le réel commence. Bref, peut-être, comme nous dit Lacan, le problème c’est le non rapport sexuel. La question est que ces problèmes les psychanalystes depuis Freud pensons qu’ils ont une racine inconsciente liée à une mauvais gestion d’une économie sexuelle ou libidinal plus ou moins précaire que va à produire finalement cette crise économique et ses symptômes pouvant conduire à faire une analyse. Et certainement un des effets fondamentales de ces problèmes ce sont les dégâts que ceux-là laissent sur leurs produits: les fils, que deviennent en même temps un problème ajouté pour eux-mêmes ou pour leurs parents, d’ici la connexion inéluctable avec le sujet de ces Journées.

 

L’abord de ces problèmes en vue de leur solution va dépendre de la théorie explicative du mêmes et de la opération qu’ à partir de là on peut réaliser pour les corriger. Si la théorie explicative c’est ce que nous nommons complexe d’Oedipe non résolu, nous nous trouvons encore avec deux problèmes au moins: Quel est le signifié donc de ce que nous pouvons dénommer ce terme théorique fondamental de la psychanalyse freudienne? Il ne convient pas se précipiter à l’imaginer trop vite ce que peut conduire à leur banalisation ordinaire : cette histoire des enfants pervers incestueux et parricides, et à liquider son vrai signifiée structural et opératoire ou fonctionnel. Deuxième problème : Est-ce que nous pouvons rester là?

Si pour Freud la théorie explicative en question renvoi au modèle oedipien, pour Lacan c’est pareil, mais sa signification est autre:

 

Sans le complexe d’Oedipe, rien ne tient, rien ne tient de l’idée qu’il [Freud] a, du problème en jeu qui oriente l’expérience analytique. (Lacan, J., Séminaire RSI, s. 14.01.1975)

 

Mais à la fois, Lacan nous dit que, pour ce qui est de sa théorie explicative, il n’a jamais parlé du complexe d’Oedipe mais de “Métaphore paternel”. Cette citation et les deux autres que j’ai choisis (j’en pourrai en avoir choisies d’autres) comme exergue de ce travail, nous indiquent que de Freud a Lacan pour ce qui concerne la signification du complexe d’Oedipe il y a des différences fondamentales. Encore nous pouvons lire dans la première séance (18.11.1975) du séminaire suivant sur Le sinthome,  que le complexe d’Oedipe c’est un symptôme. Nous pourrions dire comme première conclusion que si dans Freud pouvons parler de complexe nucléaire de la névrose ou de la structure du sujet désirant, dans Lacan nous devrions parler de complexe orbital de la même, étant leur nucleus encore à élucider. Avançons en peu donc en ce sens.

 

Dans la transcription du séminaire XVII de Lacan: L’envers de la psychanalyse, plus connu comme celui des quatre  discours, et dans la séance du 18 février 1970, nous pouvons lire:

 

Pourquoi substitue-t-il [Freud] au savoir qu’il a recueilli de ces toutes bouches d’or : Anna, Emmy, Dora, ce mythe, le complexe d’Œdipe? Le complexe d’Œdipe qui joue le rôle du savoir à prétention de vérité, il se situe là quelque part dans cette figure qui est celle du discours de l’analyste, à savoir : un certain savoir au site de ce que j’ai appelé tout à l’heure celui de la vérité :

                                                              a .  ®    $ .

   S2          S1

 

Lacan se demande alors quelle place tient effectivement, dans un analyse la référence a ce complexe d’Oedipe, et la conclusion à laquelle il arrive c’est que cela ne sert à rien, « c’est strictement inutilisable », sauf de ce grossier rappel de la valeur d’obstacle de la mère devant tout investissement d’un objet comme cause du désir. La “mère” paraît donc comme un obstacle en quelque façon pour le développement et la implantation de la fonction du désir. Nous avons –nous dit Lacan-, au moins dans le modèle familial dominante, quoique d’une façon toujours plus précaire dans nôtre société: le père d’un coté, et la mère de l’autre, et le sujet enfant tiré parmi eux, divisé en certaine manière pour eux. Mais, malgré cette ambiguïté apparente, cette paradoxe ou même la contradiction qui le caractérise à partir de la logique classique que domine les discours, malgré tout il y a vraiment quelque chose de sensationnel dans le recours au mite d’Oedipe, et il vaut la peine entrer là, dans ce que nous pouvons nommer l’énigme de l’Oedipe.

 Lacan à la fin de cette séance dont je me réfère parle du père. C’est amusant, et il en donne une image plutôt de pauvre type, pour conclure qu’il s’agit de dissimuler que le père [...] est depuis l’origine “castré”, c’est à dire “il n’a pas le phallus”, “il ne l’a pas”, ou comme Lacan va le dire dans cette phrase ambiguë: “Il n’est pas sans l’avoir ”, au mieux, nous pourrions dire, et que nous pouvons traduire dans la logique modifiée que Lacan nous propose d’une façon non explicite, comme “il est faux qu’il l’a et il est faux qu’il ne l’a pas”. La idéalisation du père dissimule donc la réalité, mais pourquoi est-elle nécessaire pour l’enfant cette idéalisation, de quoi se défend-t-il?

Dans la séance qui suit de 11 mars, Lacan se demande encore: qu’est-ce donc ce qu’advient du savoir à la place de la vérité, toujours dans la structure du discours de l’analyste ? Ce que vient là a un nom: c’est le mythe. La place de la vérité est occupée par le mythe. Et Lacan se réfère à répétition à ce qu’à son avis on a produit de plus sérieux sur le mythe jusqu'à ce moment, et à travers la linguistique structurale, l’œuvre de Lévi-Strauss, et nommément au principe de ce que dans cet auteur sera le fil fondamental qui commande la structure des mythes et leur fonction, parmi laquelle nous pouvons accéder à la vérité de la structure au-delà du modèle du mythe. Il s’agit de l’article de 1955 sur “La structure des mythes”, qui occupera quelques années plus tard le chap. XI de sa Anthropologie structural (1958). Lacan se réfère tout de suite à ce que sera une intuition, si non la intuition fondamentale de L.-S. par rapport aux mythes, et qu’il développera tout au long de son oeuvre jusqu’à La potière jalouse (1985) et au-delà, ce que prétend nous fournir l’essence du mythe. Lacan fait ça d’une façon un peu grossière, donc il ne se réfère pas à ce qu’on connaît comme la formule canonique de la structure des mythes.

 

Fx (a) : Fy (b) : : Fx (b) : Fa-1 (y)

 

María José Muñoz dans le séminaire que nous faisons ensemble depuis l’année 2003 sur identification et structure topologique du sujet a remarqué et développé la signification de cette formule pour le passage ou la passe de Lacan du mythe à la structure[1], et je ne peut pas développer ici toutes les conséquences de cette idée, qui pourrait remplir quelques séances de séminaire par rapport à ce que l’on connaît comme la structure algébrique du groupe de Klein et la structure topologique de la bouteille de Klein. Seulement je vais me référer à ce qui m’intéresse souligner ici, à savoir que le mythe pour L.-S. réalise une fonction de médiation: celle de procurer un modèle logique par rapport à une structure logique pour tenter de résoudre une contradiction que se traduit par un conflit.

Si donc au mythe d’Oedipe et celui du père de l’horde primitive, celui que Lacan nomme le père Orang-outan, qui seraient les deux mythes centrales de la psychanalyse freudienne, on leur applique la méthode analytique structural que L.-S nous propose, ce que dans l’article princeps cité, celui-ci essai justement avec le mythe d’Oedipe, une fois dépliés ses mythèmes. Quelle serait la contradiction majeur que se révèle et le conflit que s’en déduit et de quelle façon on la «résout»?

Je vais essayer d’expliciter ce que ni L.-S., ni Lacan nous disent, mais qu’il me semble implicite ou qu’on peut le déduire, quoiqu’ils n’arrivent pas à le formuler clairement. Je met en italiques la conclusion de L.-S., et entre crochets, mon explication.

 

La surestimation [x] du parenté consanguin [où le première argument de la fonction, a, est ici (dans le complexe d’Œdipe) la mère, M, caractérisée dans un premier temps comme mère phallique, comme ayant cela qu’on désire posséder en exclusive] est à la sous-estimation [y] du même [où le premier argument de la fonction, b, est ici le père, P, caractérisé comme rival, et, consécutivement à éliminer], comme l’effort pour échapper à l’autoctonie [avoir né de Un, la mère]. Cette fuite ou libération de l’un seulement serait possible à partir d’une subversion ou inversion des valeurs de la raison du membre de la gauche de la équation, nous pourrions dire d’une surestimation [x] du père [b] [que suscite l’amour pour le père], qui se traduirait comme Fx (b) à partir d’une sous-estimation [y] de la mère [a], qu’on traduirait comme Fy (a)] est à la impossibilité d’y réussir [Cela seulement serait possible à partir de la reconnaissance d’être né de deux. Étant donné que pour la sexualité infantile seulement peut concevoir l’existence d’un seul génital, le phallus, ceci se traduit en la castration de la mère, ici au lieu de la fonction a-1, y la conséquente sous-estimation [y] maintenant au lieu de l’argument]”

On peut remarquer que ce que permettrait sortir de l’un, la détente du phallus de la parte du père est à la fois ce qui empêche d’y réussir, donc tout simplement ce qui se produit c’est une inversion de valeur, qui conduit vers un idéal de complétude, et non de suppléance, par rapport à l’autre: le couple cherché, voué ou désiré. Nous suivons donc dans le phallicisme que caractérise la sexualité infantile.

Mais alors encore, quelle est l’origine, le privilège donné à ce mythe que se reflet d’abord dans l’histoire de la littérature universel depuis Homère, en passant par les grands tragiques grecques (Eschyle, Sophocle et Euripide), la Poétique d’ Aristote; à Rome: Jules César, Sénèque; au Moyen âge avec le Roman de Thèbes parmi d’autres ; à l’âge moderne : Racine [La Tébaide (1664)], Corneille [Œdipe (1679)], Voltaire [Œdipe (1718)], Schiller [La fiancée de Messine (1803), jusqu’à Cocteau [La machine infernal (1932)], Gide [Œdipe (1930) ou Cesare Pavese [Les aveugles (1947)] après, la liste serait interminable? Tous ces textes nous donnent les variantes du mythe, en suivant l’idée de L.-S. que définit le mythe comme l’ensemble de ses variantes.

D’où provient-il, se demande Lacan ce privilège du mythe d’Oedipe? Il me semble clair que nous sommes devant quelque chose de plus complexe que cette historiette destinée à nourrir les idéologies familiales et qui fait la confusion parmi beaucoup de féministes jusqu’aux prestigieux philosophes qui n’ont pas réussi à voir dans la psychanalyse autre chose que cet affaire pénible de beaucoup de leurs représentants, qui la réduisent à la question de si finalement on va baisser avec sa propre maman en se moquant de papa. Le mythe d’Oedipe donc, pour ce qui est de sa signifiance, nous sommes devant un os –comme nous dit Lacan encore une fois.

Alors comment aborder ce qui fait l’impasse freudienne et de ses disciples à ce sujet, et que en certaine façon est-elle aussi l’impasse qui entrave la psychanalyse dans son achèvement? Qu’est-ce qu’un mythe? –demande Lacan. C’est un contenu manifeste. Et s’il y a quelque chose de ce qu’on peut dire que c’est un contenu manifeste, c’est d’un mythe. Qu’est-ce qu’il veut dire que nous sommes devant un contenu manifeste? Nous sommes en face d’une formation de l’inconscient, comme par exemple, le récit d’un rêve ou un symptôme analysable. Cela veut dire que nous sommes devant une chaîne signifiante avec un signifié, mais au même temps, ce signifié, si on peut dire manifeste, plus ou moins compréhensible pour quiconque parlerait la même langue que le rêvant, devient signifiant d’un autre signifié latent à déchiffrer, c’est toute la question de l’écriture en images ou hiéroglyphique, qui rende possible le travail du rêve dans son aspect de considérations pour la figurabilité. L.-S. parle de signe mitopoétique, que désigne comme mythème, et du déphasage entre celui-ci et le signe verbal. Dans la langue, le mot “soleil” signifie l’Astre que nous nommons comme ça. En tant que mythème, ce mot n’a pas plus un signifié universel prédéterminé par un code, mais peut recouvrir les contenus les plus diverses. Algébriquement nous aurions:

 

s1 = Fs (S1) : S2 = FS (s1) : : s2 = Fs (S2) : S2 = FS (S1)

 

En somme, les arguments de la formule canonique sont signifiants et les fonctions de ces arguments sont celles de véhiculer signifiés.

Si les choses se passent ainsi, alors le complexe d’Œdipe, dans la manière dans laquelle nous le raconte Freud n’est pas justement traité pour lui comme un mythe, donc, si on peut le dire comme ça, Freud reste dans l’Oedipe comme dernier signifié et non comme signifiant d’ Autre chose, et ceci de la même façon qui se sont adressées à l’Œdipe beaucoup de critiques de Freud à cet égard, par exemple, beaucoup de féministes ou des foucauldiens comme son disciple Eribon[2], que ont aussi accentué la théorie analytique, questionnable et falsifiable comme toute théorie rationnelle valable, en face du méthode analytique qui est celui que détermine l’expérience à partir de laquelle la théorie est contrôlable. Dans Freud, quand il fait référence à la version du mythe de Sophocle, il y a une réduction du caractère tragique, comme d’autres auteurs l’ont noté, comme par exemple, Jean Pierre Vernant.

Mis à part le mythe d’Œdipe, dans Freud, nous trouvons le mythe du meurtre du père de l’horde primitive, celui qui possédait tous les femmes de la tribu, fantasme masculine de la toute-puissance phallique. Lacan nous fait remarquer que personne avait observé que le résultat de ce dernier est exactement le contraire de l’Oedipe, à savoir on tue le vieux papa qui les avait toutes pour lui, ce que c’est une idée fabuleuse, disons que non seulement il pouvait avec toutes, mais il ne devait pas les partager avec aucun autre, et la conséquence de la meurtre ne change en rien les choses au niveau effectif pour les tueurs, donc ils se rendent compte qu’ils sont frères, disons qu’ils veuillent plus ou moins le même, et que pour avoir la fête en paix, le meilleur qu’ils peuvent faire c’est de ne pas avoir aucune pour aucun. Éviter une guerre fratricide par l’interdiction, évitera plutôt une guerre ou conflit intérieur est ignoré grâce à cette interdiction.

Selon Lacan, en plus, il y a quelque chose de fondamental dans la légende d’Oedipe négligé par Freud : ce qui lui permet l’accès à Jocaste, ce n’est pas tant d’avoir tué son père, le mari de Jocaste, mais la solution de l’énigme de la Sphinx. Qu’est qu’il pourrait signifier ce mythème, que nous trouvons dans d’autres mythes d’une façon un peut différente? Mais en plus et c’est peut-être la moralité du récit, mise à part sa dimension tragique, c’est que si l’Oedipe s’achève très mal c’est parce que il a voulu savoir la vérité jusqu’à la fin. En fin de compte, il n’est pas possible d’aborder avec le sérieux nécessaire cette référence freudienne fondamentale sans y faire intervenir ces dimensions entre le parricide et l’inceste. Lacan finit cette séance en notant que ce qu’il se propose: “c’est l’analyse du ‘complexe d’Oedipe’ comme étant un rêve de Freud”. C’est-à-dire, une formation de l’inconscient, une formation type si vous voulait, un contenu manifeste, et donc absolument le dernière mot, le noyau ou le complexe nucléaire de la névrose, comme nous dit Freud, ou de la structure désirante du sujet, sans plus. L’impasse dont Freud rend compte dans son Analyse achevé et inachevé (1937) est justement un défaut de son analyse empêché par certaines préjudices qui opèrent comme résistance insurmontable. Peut-être Lacan se réfère à ceci quand dans la première séance de son séminaire XI sur Les fondements de la psychanalyse, le 15 janvier 1964, nous dit qu’il y a quelque chose non analysé dans le désir de Freud qui n’est pas sans conséquences pour le devenir de la psychanalyse. Cela en effet, à mon avis, produira des symptômes, nommément, dans le lien social chez les analystes: sa permanence dans le discours de la science normale fondée sur la logique canonique classique qui forclose le sujet de la même, la permanence de formes institutionnels dans la sélection, formation et transmission de la psychanalyse qui répondent au discours universitaire; les modes associatives enfin que répondent a une psychologie de massen. Bref, la fixation du discours analytique à un discours impropre, ancré à des discours établis, justement dépassés par le discours analytique, disons un discours réactionnaire par rapport à un discours progressiste.

 

Pour conclure: Si le complexe d’Oedipe est une découverte fondamentale de la psychanalyse, celui-ci apparaît encore comme une formulation trop historiciste et idéologique plutôt que logique, liée aux figures de la famille traditionnelle dominante dans la structure “infantile” du désir, où le désir de la personne qui occupe la place de la mère comme femme sujet-objet du désir -et pas comme seul objet du père- essentiel à mon avis, brille par son absence, comme correspond à une idéologie patriarcale, que, de quelque façon aussi, exclue le désir du sujet qui vient tenir la place du père comme homme sujet-objet aussi du désir, non plus bien reconnu comme il faut. De cette façon l’Œdipe dans sa version historiciste opère comme une espèce de souvenir-écran d’une structure sexuelle actuel problématique, en tant que comporte une gestion du désir de conflit, à élucider comme tel.



[1] Cf. MUÑOZ, M. J. y BAUZÁ, J., Seminario de conceptos lacanianos I (2003-2004), sesión 9 del 6.02.2004. Apartados: “El concepto de estructura de Lévi-Strauss: la segunda vuelta (La estructura de los mitos)” y “Método y análisis estructural del mito”, p. 2-9. Inédito. 

[2] Cf. Didier Eribon, Échapper à la psychanalyse, Léo Scheer, Paris, 2005.