(Traducción del autor y
de Silvia Lippi)
1) Théorie queer
et psychanalyse. Le problème de la sexuation
La psychanalyse et la théorie queer constituent pour la sexualité deux discours, deux positions, deux pratiques sui generis au regard du savoir et de l’action sociopolitique qui en découle. Si nous débattons sur le sujet des différence(s) sexuel(les) aujourd’hui, nous ne pouvons pas laisser de considérer ces deux champs que supposent un abord de l’identité et de l’exclusion sexuelle, de la sexualité normal ou plutôt normative heterocentrée et plus ou moins reçue, et de la sexualité marginale, drôle, bizarre, politiquement incorrecte, susceptible de rejet, soit au niveau individuel soit au niveau social, c’est cette sexualité que je vais appeler, certes en forçant un peu la signification courant du terme, queer, en l’opposant à la sexualité “normale”.
L’“identité” sexuée se produit, selon Lacan, par un procès qu’il appelle sexuation. L’identité d’un sujet, plus ou moins stable ou ouverte, qui est le résultat de ce processus structurant, fonction des conditions et de l’histoire du sujet en question, va produire les manifestations phénoménologiques diverses qui conforment leur vie et aussi leur ex-sistence sexuelle, au sens amplifiée qui acquiert ce terme dans la psychanalyse, qu’inclut la vie sensuelle, érotique et sentimentale du sujet (plaisir-douleur, fantasmes, affects, demandes, vœux, relations objectales, etc.). C’est un trouble dans l’économie sexuelle ou libidinale du sujet en question, ce qui constitue leur demande d’analyse, dans ce sens je pense que vous pouvez vous remettre aux demandes qui portent au psychanalyste: il y a quelque chose qui ne marche pas ou qui n’arrive pas à marcher dans la vie sexuelle, toujours dans le sens indiqué, du sujet de la demande, quelque chose que le sujet attend n’arrive pas ou quelque chose a produit ce que Lacan appelle une rupture du semblant, un rupture, tout court, dans l’économie du sujet jusque là, sans que l’individu puisse la réparer par ses moyens moïques et sa pensée réflexive. De tout ça en résulte, donc, un réel que le sujet ne peut pas intégrer.
Lacan, que toujours opposera les manifestations phénoménales ou imaginaires du sexuel à la structure symbolique qui gouverne celles-là ou à celles à qui répondent, parlera d’une logique de la sexuation, qui tentera de formaliser avec ses formules, comme je l’ai déjà signalée à plusieurs reprises, au-delà des critiques qu’on peut en faire, il ne me semble pas qu’elles sont interprétées d’une façon adéquate, et il me paraît nécessaire une écriture logique plus rigoureuse et précise.
La théorie queer paraît à la fin des années 80 liée à un mouvement social contestataire, qui se révolte contre l’idée d’une “identité gay” et, par généralisation, contre l’idée de classe générique par rapport à l’identité sexuelle: les gays, les lesbiennes, les transsexuels, les transgénériques F2M o M2F, les travestis, drag queens ou drag kings, les S/M, les homosexuels, les hétérosexuels, etc. Les (Las) théoriciennes queer, et j’utilise le terme au féminin car la plupart de ces représentants sont des femmes, bref elles mettent en question le fait que le sexe d’un sujet puisse se réduire à une classe universelle en fonction de quelques traits identitaires fermés, avec la classification qui en découle. Pour elles cette réduction porte à une simplification et à une trivialisation imaginaire de la chose sexuelle réelle, plus singulière et complexe, qui réduit et exclut le sujet sexué réel.
Cette façon de poser le problème semble rejoindre le mouvement queer et le mouvement
psychanalytique, du moins dans la courante
lacanienne, mais ce rapprochement ne semble
pas tel, surtout si nous considérons que
depuis ses commencements, elles ont fait une critique complexe de la théorie
psychanalytique, plusieurs fois, certes, d’une façon pas très bien informée et
hors contexte, mais pas toujours. En tout cas,
je pense que cette critique répond à une intuition qu’il me semble important
écouter et analyser, donc elle met en question, a partir de positions diverses,
l’heterocentrisme normatif que sûrement maîtrise et a maîtrisé une bonne partie
des différentes courants psychanalytiques, et avec eux la
queerfobie, en sournoise associée au même.
En tout cas, le
mouvement queer fait incidence dans ce que nous pouvons considérer comme un
symptôme de la psychanalyse ou de ses tenants, et il
lui pose des sérieux problèmes epistemologiques, auxquelles à mon avis il
faut répondre. C’est ce que je vais essayer de faire ici, qui est dans la ligne
de mes expositions précédentes à Rome et à Paris.
Les nouveaux groupes de libération sexuelle qui s’organisent au débout des années 70 vont mettre en question l’image associée au discours heterocentrée maître au regard des non-heterosexuels, en insistant plutôt en leurs différences qu’en leur égalité, c’est à dire en opposition, par exemple, à une identité gay. Dans ce contexte social de contestation va se produire le surgissement de nouveaux discours et pratiques à la fin des années 80, qui se nomment comme « mouvement queer » et quand ils vont réfléchir sur eux mêmes produiront la queer theory, terme introduit au 1991 par la théoricienne queer Teresa De Lauretis[1]. “Queer” remarque devant l’identité sexuel universalisante rejointe en classes, l’idée de rare, différent, bizarre, que pratique une sexualité politiquement incorrecte, comme on dit, par rapport aux valeurs normatifs établis. On fait la revendication de l’orientation sexuelle réelle, si nous pouvons le dire, plus complexe que celle qui essaie de s’adapter ou d’être conforme au rôle établi, “normal” lié à la “différence sexuelle”. Ce rôle est interprété comme le produit de l’identification imaginaire à un modèle ou à une classe d’identification qui opère comme idéal du moi, pour autant qu’il promet trompeusement la récupération du paradis perdu imaginé de l’enfance, la promesse phallique. Avec queer on fait la revendication de l’orientation singulière et complexe du sujet sexué réel, une sexualité qui se refuse d’être réduite à l’homo ou à l’hetero, masculin ou féminin, aux rôles stéréotypés d’homme ou de femme, qui comportent un ordre excluant et normatif que sous la masque d’une sanction d’un savoir médical ou psychologique, qualifié parfois comme scientifique, recèle en fait en plusieurs occasions une idéologie à la recherche d’arguments d’autorité imposteurs (impostores)[2].
Avec la psychanalyse on avait commencé à pouvoir symboliser, intégrer et élaborer cette complication du sexuel dénoncé pour le mouvement queer. Freud d’abord constate que la sexualité humaine ne peut pas se justifier pour la seule reproduction, qui en est plutôt une conséquence, souvent indésirable. Et que la vie sexuelle est plutôt un lieu problématique, un lieu de non rapport avec soi-même et avec les autres, comme nous pouvons le constater presque dans tous les cas qu’arrivent à nos cabinets psychanalytiques, ce qui, d’une certaine manière n’arrête pas de surprendre, et qu’on peut rapporter très facilement avec ce “Il n’y a pas rapport sexuel” de Lacan comme drame humain, tragédie et comédie des sexes à la fois.
2) Théorie queer
et psychanalyse: Confluences. Obstacles pour une écoute analytique et
queer de la chose sexuelle: le biologisme médical-psychiatrique et le
psychologisme différentiel identitaire
Une fois accueillie et traitée analytiquement le motif de la demande analytique en accord avec les conditions d’un analyse authentique, du développement de l’expérience psychanalytique, qu’est-ce que nous pouvons dire, en tant que psychanalystes, de la vie sexuelle humaine réelle?
D’abord, il faut constater que l’expérience
analysante indique que la demande d’analyse, qui
se manifeste par les symptômes supposés
analysables ou par le discours symptomatique du moi, dans la plupart des cas, on
peut la référer finalement à un problème
d’économie sexuelle. Freud a construit sa
théorie du complexe d’Oedipe comme une explication de
la question liée au sexe, ce qui
demande une réponse et de quelque façon une solution du problème économique
sexuel. Encore il faut savoir: Quel est le
problème avec lequel nous sommes confrontés
au-delà de sa présentation phénoménale symptomatique et quelle est la solution
possible?
Une expérience analytique authentique est possible seulement si la position de l’analyste ou de la personne de l’analyste, arrive à surmonter (franchir) les idéologies auxquelles je me référerai par la suite, et que à la manière du savoir référentiel, opèrent comme résistance méconnue de la part de (la personne de) l’analyste, ce qui l’empêche de dresser l’oreille et empiéter sur le lieu légitime son sujet supposé savoir en question, qui est mis en jeu par le transfert. Ce savoir n’est pas le savoir référentiel plus ou moins commun d’un professionnel médecin-psychanalyste ou psychologue-psychanalyste, qui va interpréter les “symptômes” comme des signes, au regard du système de savoir de son Manuel, en réduisant ainsi ce qui, en réalité, ce sont des signifiants dont le signifié est un sujet méconnu et qui représentent un sujet pour un ou des autres signifiants, dont leur signification il faut élucider avec l’analyse, et en faisant du sujet de la demande un objet de jouissance du professionnel qu’empêche l’avènement du sujet du désir.
Le savoir en question dans une analyse est
celui du sujet de l’énonciation analysante,
inconsciente qui doit se mettre à jour. C’est
de ce savoir qu’on peut obtenir ou sanctionner d’un façon légitime et
epistémiquement acceptable les diverses théories psychanalytiques de la
sexualité et de la vérité du désirable[3] sexuel, et, en ce sens il est plutôt l’analyste qui
tient le lieu d’objet a cause du désir
du sujet analysant tout en ne se confondant avec lui, pour qui peut se
produire l’opération analytique, l’ acte effectif.
Quels sont ces obstacles idéologiques qui opèrent
comme difficulté et comme résistance à l’analyse, obstacles qui l’affaiblissent et finalement la rendent
impossible?
Le premier problème, dénoncé par la psychanalyse
et par la théorie queer, est le naturalisme
ou le biologisme au regard du sexe.
Les biologistes, même s’ils se disent psychanalystes,
conçoivent le sexe comme une fonction biologique, un
épiphénomène qui se découle de la condition
animal de l’espèce humaine, liée à la
reproduction et à son service. Ces restes de biologisme
-légitimes, en effet nous sommes sujets à une organisme, ne sont pas
justifiées, extrapolées hors de son champ propre, la biologie-, nous
pouvons encore le noter dans Freud même, quand
il subordonne finalement la sexualité adulte, génital, hétérosexuelle aux fins
de la reproduction et il parle, non pas simplement d’un polymorphisme
sexuel par rapport aux diverses façons de jouissance sexuelle, mais d’une
sexualité infantile polymorphe perverse dans laquelle la jouissance
sexuelle ne se subordonnerait pas aux fins élevés de la reproduction: le coït
hétéro dans un couple stable. Après je vais nuancer cette position freudienne.
Aussi dans Stoller, malgré sa critique du
biologisme avec l’introduction dans la psychanalyse du concept d’identité de
genre, qui a fait bonne fortune, et qui nous fait certaines réflexions
intéressantes qu’il vaut certainement la peine lire depuis son première volume
de son Sex and gender (1968) jusqu'à le dernière le troisième,
Presentations of gender (1985), chez elle nous pouvons lire encore : “La reproduction est
le but essentiel sous-jacent au comportement sexuel […] ainsi il existe deux sexes : l’un mâle et l’autre femelle »,
déterminés par un certain nombre de traits caractéristiques : chromosomes,
gamètes, hormones, organes génitaux externes et internes, caractères sexuelles
secondaires. On peut donc diviser les individus comme appartenant à deux
classes repérables par des attributs opposés ou des traits distinctifs.”
Dans Lacan lui-même, au dire
de quelques auteurs, malgré que d’une façon subtil, nous trouvons des indices de
cette idéologie biologiste. Par exemple, selon Didier Eribon, spécialiste de Foucault, dans son livre Pour une morale du
minoritaire (2001), où l’on trouve des pages très critiques sur ce qui a
devenu la psychanalyse, avec 4 chapitres intitulés: “La homophobie de Lacan I y
II” y “Pour finir avec Lacan I y II”:
“Pour Lacan le père doit dicter la loi à la mère, et la loi du père, ou le phallus, devrait constituer l’origine de la structuration du psychisme humaine. Tout la pensée de Lacan s’organise autour de cette structure à la fois sexiste et hétérosexiste [...] Lacan est incapable de penser la homosexualité comme une orientation sexuel, un type de désir. Seulement peut être une anomalie, une défense, une renegation qui pousse à sortir des voies de la normalité [...] La Loi du Père, malgré les majuscules, il est la loi que le père aurait du dicter à la mère dans le cadre du couple hétérosexuelle, mais qui, en réalité, elle lui a dicté à lui, en produisant ainsi une situation pathogène qui a fait devenir l’enfant en homosexuelle” (Op. cit., p. 246-248)
Naturellement c’est la lecture et l’interprétation
de Eribon, qui, avec difficulté avance au-delà
du séminaire VIII de Lacan sur Le transfert, et, en grande mesure
préjudicieuse, mais il est représentatif de tout un courant social et donne à
penser.
L’autre problème est le psychologisme, fondé sur une
psychologie différentielle justifiée à partir de méthodes statistiques, c’est à dire
prétendument scientifiques, qui aboutie à un
essentialisme, tout le constructiviste que
vous voulez, universel, globalisateur et homogénéisant qui nie ainsi les
particularités du sexe, soit le queer qu’il y
est associé. A quoi fais-je
référence?
Dans la logique sous-jacente à une classification scientifique, on identifie un individu à un trait caractéristique, un attribut significatif, présent ou absent, et on fait à partir de cette identification positive ou négative, en tout cas réductive sans doute au trait unaire des classes d’équivalence disjointes, mutuellement excluantes et exhaustives, qui déterminent un dehors et un dedans et que prétendent entourer tous les individus qu’on veut classifier. Mais dès qu’on se situe dans la perspective d’une théorie des classes impliquant la recherche de la présence ou de l’absence d’un trait distinctif (c'est-à-dire qu’on lui attribue une valeur symbolique différentielle et démarcative) que le sujet a ou il n’a pas, nous sommes dans une logique de l’identification imaginaire ¾à l’occasion, identification à un sexe¾ et son corrélat: un rapport sexuel imaginaire, prétendument objectif.
Cette logique, en tout cas, n’est pas suffisante pour rendre compte de la complexité du réel sexuel, et, en conséquence, pour décrire le procès de sexuation et l’identité sexuée d’un sujet. Lacan nous indique par une critique de la logique aristotélicienne renouvelée dans la logique canonique classique moderne, qu’il y a une béance entre l’Universel, qu’il nous dit qu’il se fonde à partir d’une existence qui le nie, et l’existentielle. C’est toute la question complexe des formules de la sexuation, pas résolue, malgré, par exemple les affirmations apparemment concluantes de Le Gauffey dans son dernière livre[4].
Dans cette classification, la différence entre les
sexes est toujours et dans toutes les sociétés idéologiquement, donc pas
scientifiquement, traduite en termes d’un langage binaire, spéculaire et
hiérarchisé qui s’étend à d’autres concepts et qui déterminent un dualisme
paranoïaque, qui nourri la guerre des sexes. La différence des sexes fournit une
opposition conceptuelle de base : celle de l’identique et du différent, du tipe A = A et A ¹ Ø A, Ø (A Ù Ø A); (A Ú Ø A), où nous pouvons reconnaître formalices les principes de la
logique canonique classique, ce qui fait que
pour préserver le A, il faut tuer le
non-A dans l’A projetée sur l’autre, quand nous savons que tout ce qui dépend du langage implique que A ¹ A et A = Ø A, c’est à dire nous sommes devant une subversion
du principe d’identité, ce qui fait de
l’identification au trait unaire un principe de fausse égalité entre les objets
qui le partagent, et de fausse différence parmi les objets qui ne le partagent
pas. C’est pour ça que la psychanalyse nous amène
vers une critique non seulement du
biologisme régnant qui réduit et trivialise le
sexe à une fonction de la reproduction, d’une part, et d’autre de la LCC des
classes qui participe du déni du non-rapport
sexuel, appliqué pour rendre compte de la
structure logico-mathématique correspondant a la différence sexuelle des parlêtres.
Ni le biologisme, ni le psychologisme qui se déduit de la classification basée sur l’identité des genres sert pour rendre compte d’une façon adéquate de la sexuation d’un sujet ou si vous voulez du procès qui porte à leur identité sexuelle. Cela contraint le sujet à une fausse identité sexuée hétéronormative, qui exclut ce que la psychanalyse et la théorie queer essayent d’inclure. Pour cette inclusion, il faut donc une subversion logique, celle qui correspond à une logique du signifiant appliquée au sexuel, et c’est ça à mon avis que Lacan essaie de formaliser en formulant les éléments d’une logique modifiée dans une topologie du sujet, une logique permettant d’inclure ce sujet de la science, sujet que la science normale exclue au prix de la dégradation individuelle, environnementale et sociale. Bref, il faut une amplification de la raison classique, qui depuis Hegel et Heidegger c’est ce qui, en quelque sorte, ont essayé de développer les poststructuralistes (Foucault, Deleuze, Guattari o Derrida) et qui est recueilli du débout des années 90 par les auteurs (autoras) queer (Monica Wittig, Gayle Rubin, Adrienne Rich, Thérese de Lauretis, Judith Butler, Diane Fluss, Eve Sedwick, Beatriz Preciado, et d’autres)
3) Théorie queer et psychanalyse: Différences. La notion de phallus.
Jusqu’ici nous pouvons parler de confluences entre la psychanalyse lacanienne et la théorie queer, mais la critique qui fait cette dernière à la psychanalyse rend compte aussi des différences importantes, qui auraient mérité une confrontation dialectique parmi les deux. Ici je ne peut pas développer ce qui vaudrait tout un débat a partir du concept de termes théoriques fondamentaux: l’inconscient, la division du sujet, le moi et l’identification sexuée, la distinction entre réel, symbolique, et imaginaire; la jouissance, l’objet a, la métaphore paternelle, etc. Je vais me limiter, donc, à la discussion sur un terme fondamental pour ce débat: la critique à la notion de phallus et de fonction phallique.
Par rapport à ce terme et leur conception,
curieusement les théoriciennes queer tombent dans le piège qu’eux-mêmes
dénoncent comme critiquable et inacceptable dans Freud, et par extension dans la
psychanalyse notamment lacanienne, car pour ce qui concerne les autres courantes, il ne
vaut même pas la peine de rentrer dans des discussions désormais obsolètes. De quoi je
parle?
I) La façon de poser la
problématique par Freud est sûrement en rupture, quoique de façon encore
ambigue, avec le naturalisme dominante, auquel je me suis
référé, en matière de théorie de la sexualité. Avec Freud se produit une
première dénaturalisation de la sexualité, malgré qu’il soit encore accroché à une idéologie médicale,
naturaliste subjacente dominante, qui réfère son
savoir positif aux sciences naturelles, comme
c’est le cas de la médecine actuelle. On peut voir cela justement dans cette excessive identification du “phallus” avec le
pénis, dans une conception de la sexualité au
service de la reproduction comme point d’arrivé, pour ne pas parler du désir d’enfant comme le destin le plus caractéristique de la véritable féminité, de la
femme, laquelle encore une fois, grâce aux avancés de la tecno-science, peut s’en
passer du mâle.
Dans Freud, la différence anatomique que normalement nous classifie comme des mâles et/ou des femelles en fonction d’un trait en particulier, ce qui déjà suppose un bon nombre de catégories symboliques (voir aussi La fabrique du sexe de Laqueur ou La logique du vivant de F. Jacob, est significantisé, on lui donne un valeur symbolique qui réduira l’identité de genre et ses objets du désir, le masculin y le féminin, au “avoir ou ne pas avoir le phallus, le penis en l’occasion” et leur problématique.
C’est vrai qu’à partir
de là, l’identité sexuelle et l’orientation du désir sexuel ne répond pas à un développement naturel
spontané et instinctif, mais il a
besoin d’un procès identificatoire suffisamment stable, et son développement
devient
problématique.
Donc, dans Freud, avoir ou ne pas avoir le pénis, e son corrélat, l’angoisse de castration, la peur de sa perte, de celui qui a cette petite chose si amusante et fascinante, l’enfant mâle; et le penisenvy, le vœu d’en avoir un, cette petite chose, aussi pour elle, constitue la prémisse basique de la conception freudienne –et qui a motivé aussi le refus féministe, parmi d’autres, des thèses freudiennes. La thèse freudienne fait du manque phallique le principe dynamique de la libido, en faisant du complexe de castration la clé du devenir homme ou femme. En faisant ça, Freud, implicitement, signale que l’anatomie, si bien condition nécessaire du destin sexuel d’un sujet, n’est pas condition suffisante, nous pourrions dire donc en suivant cette logique modifiée, qui correspond à l’inconscient, que “L’anatomie (ce n’est pas) le destin”. C’est aussi ce que souligne la théorie queer, qu’ici n’invente pas rien, et qui plutôt se tient dans la conception de Freud en la niant, quoique cette négation certes laisse apparaître le refoulé.
“Un contenu de représentation ou de pensée refoulé peut donc se faciliter une passage à la conscience, à condition de qu’il peut être dénié (verneinen). La dénégation (Die Verneinung) c’est une façon de prendre connaissance du refoulé, en fait c’est déjà une levée (Aufhebung) du refoulement, mais, bien entendu, n’est pas encore une acceptation du refoulé.” [FREUD, S. (1925), “La dénégation”]
Mais, quel est ici l’objet de la dénégation: “le pénis n’est pas le phallus”, “le phallus n’est pas le pénis”, ou les deux? C’est comme si la féministe disait à Freud: “Vous pensez que le phallus est le pénis ou que le pénis est le phallus, mais non [dans le sens de la dénégation, ou de la négation modifiée psychanalytiquement, et non de la négation classique], il ne l’est pas.” Comment pouvons-nous traduire ce dilemme de l’ordre du to be or not to be, du sommes-nous ou ne sommes-nous pas, de cette contradiction dans la logique classique, contradiction qui ne l’est pas dans la logique modifiée de la négation, qui va permettre, par exemple, d’écrire et de lire la dénégation freudienne en accord avec le principe de la non-contradiction, contradiction que Freud dit qu’elle n’existe pas dans l’inconscient? Le sujet ne peut pas se faire compatible et, par conséquent non conflictuel avec son moi, le fait que le phallus n’est pas le pénis et que le pénis n’est pas le phallus. Mais comment devons-nous devons lire ce non en termes de logique modifiée? “Il est faux que le pénis (phallus) soit le phallus (pénis) et il est faux que le pénis (phallus) ne [négation classique dans ce cas] soit pas le phallus (pénis). Nôtre féministe soutient au niveau moïque le pole correspondant a “Il est faux que le pénis (phallus) soit le phallus (pénis)”, et met au compte de Freud, l’autre pole refoulé chez elle: “Ils est faux que le pénis (phallus) ne soit pas le phallus (pénis)”. Le problème c’est que Mr. le Dr. Freud fait l’inverse et avec une double négation affirme que le pénis (phallus) est le phallus (pénis), et comme tel patrimoine des mâles, mais qu’est-ce qu’il se passe avec les femelles? De cette façon Freud apparaît comme l’envers du féminisme dans ce sens, et le féminisme comme l’envers du freudisme, thèse et antithèse d’une même synthèse nié donc inassimilable pour un moi qui bouge en accord avec une logique classique, qui fait son critère du rationnel d’accord avec une rationalité classique, et qui ne peut pas intégrer la raison révisé, amplifié et modifié propre de la logique de l’inconscient, ce qui fait que celle-là apparaît aux yeux du moi comme irrationnel. Il faudra attendre Lacan pour avoir les éléments qui vont nous permettre résoudre cet relation d’amour-haine parmi le féminisme et le freudisme, et aujourd’hui entre le féminisme critique que constitue la théorie queer et la psychanalyse lacanienne. De quel façon?
Le phallus chez Freud est donc le pénis élevé à la catégorie symbolique, c'est-à-dire qui a acquis une valeur symbolique, qui fait du penis-phallus le signifiante-pivot [le signe privilégié chez Freud] de la dynamique sexuelle humaine. Avec Lacan se produit, disons, une inversion de valeur: le pénis peut avoir une valeur phallique, en raison du fait qu’une série de caractéristiques du pénis même le font un candidat notamment privilégié pour cela, encore plus à l’époque de Freud. Mais phallus et valeur phallique se déterminent ici, dans la théorie lacanienne, dans la mesure où ils deviennent les signifiants du désir (sexuel), c’est à dire ce qui me manque et que je veux avoir pour moi, pouvoir en jouir, comme préalable de plaisir sensuel ou intellectuel, et de satisfaction pulsionnelle complète. Le jouir comme objet au niveau de l’être, dans le moi, ou au niveau de l’avoir, dans un autre pour moi. À partir de là le signifiant du désir, peut être un autre organe, un autre corps ou morceau du corps ou autre chose quelconque fétichisée, que comme nous disons en espagnol “me ponga”. Avec Lacan se produit donc une amplification du phallus, une extension, en terminologie fregeenne, nous dirions, des objets qui tombent sous son concept, à l’occasion sous la fonction phallique.
Cet extension ou extrapolation du phallus on peut
la faire extensive aussi au “complexe de castration” et au “complexe d’Oedipe”,
qui perdent ainsi la dimension mythique[5] qu’ils ont encore
chez Freud, pour devenir les termes théoriques du problème structural lié à la
sexuation, comme angoisse de castration phallique, perdre ce qu’on a, un objet
d’une certaine manière extérieur, ou ce qu’on est, ce qu’on croit avoir en
soi à la fin et que constitue leur identité;
ou comme envie phallique, désir d’avoir ce qu’on n’a pas, ou d’être ce qu’on
n’est pas, encore ici naturellement référé à une condition de jouissance
sexuelle. Tout ça se développe à la fois dans le “complexe d’Oedipe”, que de
cette façon il acquière, une autre
signification plus structurelle et moins
mythique. En tout cas, et quoique le phallus puisse
avoir changé de signifié[6], nous
sommes, chez Freud comme chez Lacan, dans un
phallocentrisme o phallogocentrisme, comme le diront les
théoriciennes queer, critiqué pour la théorie queer, mais il faut que nous voyons en quel
sens. En tout cas avec Lacan on a résolu l’aporie freudo-feministe et “le pénis
(phallus) n’est pas le phallus (pénis)”, c’est à dire: “il est faux que
le pénis (phallus) est le phallus (pénis) et il est faux que le pénis (phallus)
n’est pas le phallus (pénis)”. A savoir que le
phallocentrisme de Lacan n’est pas déjà un péniscentrisme et les féministes encore ne se sont pas rendues compte [nous avons pu constater à l’occasion de
la journée de clôture de l’année Freud avec
une digne représentante], de la même façon d’ailleurs que Freud n’a pas pu s’en rendre compte. Et alors, qu’est que nous pouvons en dire des théoriciennes
queer, est-ce qu’elles s’en sont enfin
rendues compte? Nous pouvons dire que dans sa
pratique oui, mais dans leur théorisation, elles font dire à Lacan ce que Lacan ne dit pas, car
comme beaucoup d’analystes d’ailleurs n’ont pu symboliser ou formaliser ce dont il est question dans le non rapport sexuel: le
phallus comme signifiant du désir. En d’autres
termes, ce signifiant qui fait de quelque chose banale, si vous voulez,
quelque chose d’exceptionnelle, comme nous dit Bernard Shaw, et comme il nous rappelle Freud dans l’ Appendice de sa
Massenpsychologie, au regard des femmes, quoique á l’évidence nous
pouvons le référer aussi aux hommes: “Être amoureux est exagérer
considérablement la différence entre une femme et une autre”
Lacan souligne que le champ de l’analyse est le désir, et que, dans le meilleur des cas, la psychanalyse va permettre au sujet de se confronter à son désir et peut-être arriver à une meilleure gestion de celui-ci. Le désir auquel nous faisons allusion ne peut se confondre avec la demande, et donc, il n’a pas un objet adéquat ¾si nous pouvons le dire comme ça, ce que je trouve n’arrive pas à être ce que je cherche¾, la rencontre avec l’objet supposé du désir est toujours ratée, à l’encontre de ce qui se passe ou de ce que nous croyons qui se passe ou semble passer au cas de l’instinct animal, l’objet pulsionnel cause du désir, si vous voulez, il est toujours une Autre chose.
Les besoins et les demandes peuvent être plus ou moins satisfaits, mais le désir auquel nous nous rapportons pour autant qu’il s’applique à des objets métaphoriques ou métonymiques, et opère essentiellement par substitution ou déplacement, la satisfaction que produit l’objet du désir est métonymique ou métaphorique et en conséquence partielle, c’est à dire pas complètement satisfaisante, donc insatisfaisante. Et si l’analysant découvre ce que nous pouvons nommer la “vérité” de son désir, c’est en s’interrogeant sur ces substituts (Ersatzbildung –comme le dit Freud) qui ponctuent les vicissitudes de leur ex-sistence du sujet sexué.
Donc l’identité réel du sujet face aux prétentions
imaginaires du moi reste radicalement instable. Si l’analysant cherche d’abord
chez son analyste ¾comme toute
personne qui va voir un
professionnel, auquel on suppose qu’il sait
plus que lui-même sur telle ou telle
matière¾ la réponse à la
question: Qui suis-je? Qu’est-ce que je veux?,
le travail analytique conduira le patient à consentir qu’il n’y a pas un “Tu est
ou tu veux... ceci ou cela” qui peut arriver d’un autre agent que le sujet lui-même, que paradoxalement arrivera à
son identité
plus ou moins précaire en passant pour les voies qui lui fourni l’Autre.
Lacan avec l’introduction de son concept de “phallus”, en le séparant de son identification avec le pénis, pour se référer à un objet dont leur possession arrivera à nous “compléter”, c’est-à-dire à colmater la manque d’être ou d’avoir, produit une coupure par rapport à la théorie freudienne, qui ressoude le contentieux féministe avec la psychanalyse. Le phallus avec Lacan vient signifier l’antonyme de la complétude: le manque du côté du sujet. Si le pénis ou le con sont des « choses » que quelques-uns possèdent et d’autres non, le phallus, personne peut le posséder ni avoir comme chose en soi, mais tout le monde le désire: c’est tout court ce “qu’on désire” et dont la croyance en sa possession porte à croire à l’unité, à la complétude, à la totalité, l’autonomie parfaite que se déduirait d’elle-même. Le phallus, comme nous rappelle Lacan, dans ce texte fondamental qui est “La signification du phallus” (1958) n’est pas un objet comme les seins, les fesses, le pénis ou le con. C’est un signifiant du désir, de la différence sexuelle, ou l’un possède quelque chose de désiré ou de désirable et l’autre non. Le phallus devient ainsi un élément fondamental de la structure du sujet qui peut être occupé, interprété ou subsumé par divers objets qui vont le représenter ou le signifier, mais qui ne le sont pas: l’argent, les enfants, ou les divers attributs sexuelles ou corporels qui deviennent de tel façon des objets phalliques, et que constituent les arguments de la fonction phallique qui régit le désir et la possibilité de leur satisfaction. Et, dans ce sens, comme le dira Lacan dans la séance du 21 janvier 1975 de son séminaire RSI: des deux sexes, “la femme ne doit pas souffrir ni plus, ni moins castration que l’homme”. Il n’est pas question certes d’éliminer la différence entre hommes, entre femmes et entre hommes et femmes. Le corps biologique de la femme comme tel ne présente en tant que réel aucune manque, de la même façon que celui de l’homme. La manque se joue au niveau de l’imaginaire et en fonction des idéals ou des valeurs reçus. Le phallus n’est pas ce qui ont les hommes au détriment des femmes, en tout cas nous pourrions dire c’est ce que quelques hommes croient avoir et les femmes ne pas avoir. Lacan à travers cette relecture de Freud clarifie les ambiguïtés que nous trouvons dans l’oeuvre freudienne, et que chez dans celle-ci, probablement, elles opèrent comme obstacle, par exemple pour écouter ce que les femmes veuillent une par une, comme les hommes d’ailleurs, un par un.
[1] DE LAURETIS, T., “Queer theory: Lesbian and Gay Sexualities”, Differences: A Journal of Feminist Cultural Studies, 3, 2, p. iii-xviii.
[2] En español, “impostor”, n’a pas seulement la signification de trompeur, mais de quelque chose que s’impose malgré le sujet dans ce cas.
[3] Noter l’ambiguïté du mot “désirable”: ce qui est susceptible de désir pour un sujet et ce qui serait admissible comme tel, ce qui peut être opposé.
[4] LE GAUFEY, Guy, Le pastout de Lacan, EPEL, Paris, 2006.
[5] Le mythe comme fonction explicative du réel, répond à un défaut du logos, du symbolique, que de cette façon doit avoir recours à une histoire fictive, pour expliquer ce que d’une autre façon apparaîtra comme inexplicable. Pour le structuralisme de Lévi-Strauss le mythe répond à une structure à élucider et pour laquelle l’historique comme régression temporelle, devient structurel comme régression topique à présent. Celui-ci comporte, sûrement une coupure épistémologique majeure quant à la conception de la psychanalyse, c’est la coupure que, à l’intérieur du même produit Lacan, dont son enseignement en est l’enseignement de leurs conséquences.
[6] Dans une revue ou dans un vidéo porno, nous n’aurions pas des premiers plans du con, ou des fesses, ou des cuisses ou des seins de la femme, s’ils n’avaient pas un valeur phallique. La jouissance que l’on peut dériver de cet être ou avoir, est un jouissance phallique chez l’homme autant que chez la femme.