2.4 (T) CEVEDIO, Laura : Quelques jeunes homosexuelles et son désir d’enfant

 

Le discours social actuel, fondé sur la “Déclaration Universelle des Droits de l´Homme”,  est la source juridique de la modification du Code Civil en matière du droit de contrat de mariage entre personnes d´un même sexe. Au cours des derniers siècles, reflets de la mentalité dominante, les codes ne précisaient pas interdire, ni même faire référence au mariage entre personnes d´un même sexe puisque une telle relation n´était pas susceptible de donner lieu a une relation juridique matrimoniale.

La législation espagnole dit “que le législateur ne peut ignorer que la société évolue dans sa manière de se conformer et doit donc reconnaître les différents modèles de vie en commun.  A cet effet, il se doit d´agir en conséquence en évitant toute rupture entre le Droit et les valeurs de la société, relation qu´il devra réguler. En ce sens, il n´y a pas de doute que la réalité sociale de notre temps devient plus riche, plurale et dynamique. La vie en commun en couple entre personnes d´un même sexe, basée sur l´affection, a été objet de reconnaissance et acceptation sociales croissantes surmontant stigmatisations et préjugés enracinés. De cette façon le législateur croit donner satisfaction a la croissante dénonce des sujets homosexuels qui se sentaient marginés par la société dans leur demande de comparaison de leurs droits sans tenir compte de leur orientation sexuelle. Sujets qui réclament un cadre légal garant de leurs droits et obligations à partir du moment où ils formulent leur relation de couple, ce qui sans aucun doute implique le droit a la maternité ou à la paternité, soit par adoption, dans le cas de l´homme et à l´adoption mais surtout à l´utilisation des techniques de reproduction assistée pour les femmes“.

En parallèle au progrès juridique, la biotechnologie a produit un changement substantiel dans les relations entre les sexes. La loi espagnole attribue la même efficacité juridique du mariage traditionnel aux mariages entre personnes d´un même sexe qui utilisent les techniques de reproduction assistée, exigeant les mêmes consentements. Restreinte aux couples formés par des femmes pouvant, elles, utiliser ce type de reproduction sur l´une des conjointes avec le consentement de l´autre, elle  va  leur permettre d´assumer ainsi la filiation du nouveau-né.

Bien que la maternité soit déterminée par le fait de l´accouchement, une nouvelle reconnaissance de la maternité apparaît pour l´autre femme. La possibilité de déterminer la filiation co-maternelle par le mariage des deux femmes: l´une d´elles, mère biologique, l´autre  reconnaissant  l´enfant conçu par sa conjointe au moyen de l´utilisation des techniques de reproduction assistée. L´important, à partir de cette loi ne sera donc plus signaler la nature de qui est le père ou la mère de l´enfant sinon a qui le Droit attribue la condition de mère.

Depuis le siècle dernier, le mouvement féministe a revendiqué la séparation entre sexualité et procréation, facilitant ainsi la disposition au propre corps, mais, curieusement, les revendications actuelles de ces groupes s´orientent vers la reconnaissance de la maternité biologique et de ses soins et tendent à dissocier la maternité du schéma patriarcal traditionnel.

La science, grâce a l´industrie pharmaceutique a offert l´anticonception, l´avortement thérapeutique et, depuis quelques années, en réponse à l´augmentation de la stérilité, rend possible une nouvelle forme de conception grâce à la fécondation assistée pour laquelle le choix sexuel n´est plus un obstacle à la maternité. Technique qui permet d´avoir un enfant en marge du sexe, un enfant, auparavant seulement somatisé, rêvé, et maintenant légalement possible. Une procréation non plus seulement comme femme désirant et désirée sinon pour posséder un corps féminin.  Elles se soumettent au jouir de l´autre pour avoir un enfant sans devoir passer par le désir sexuel de l´homme. Une demande de l´Autre de la science, qui s´articule avec un désir réprimé, complexe, où le contexte qui désenchaîne la grossesse précipite des désirs inconnus pour la femme, et dont dépendra l´accueil subjectif de l´embryon dans l´utérus. Le médecin qui vient occuper cette place ferme l´interrogation sur son désir, qui ne restera plus gardé y pourra jouir d´être objet principal du désir omnipotent de la science.

En s´éloignant du modèle anatomique de la castration, Lacan situe la question dans la marque du symbolique. Le phallus représente le manque dans les deux sexes. Il mentionne quatre postions, deux du côté de l´homme et deux du côté de la femme pour déterminer la position sexuelle des sujets, indépendamment du sexe biologique.  La manière de se rattacher à une fonction unique, la fonction phallique, c´est-à-dire la position de chacun en relation au phallus, tout ou non-tout dans la jouissance phallique sera ce qui fige les sujets comme homme ou femme.

Un couple biologiquement féminin mais situé en position différente face au phallus peut-il donc introduire le Nom du Père? Nous savons trop qu´il y a des pères biologiques qui ne perturbent pas ce duo puisqu´ils ne comptent pas pour la mère, au moins pas plus qu´elles ne comptent pour eux. A propos de “Jeannot” Lacan dit qu´il fût une fille de deux mères.

La fonction paternelle a une valeur structurelle si elle est investie comme instance symbolique de la castration et de la loi sans être nécessairement un père dans la réalité. Certains couples homosexuelles féminins “savent où aller la chercher” la fonction du troisième symbolique; elle  apparaît entre leurs relations sociales où des hommes “sexuellement inoffensifs”, avec quelque trait paternel, parrainent leurs enfants, figures nécessaires pour le réel de la sexuation de tout nouveau né. “Droit à l´enfant” disent elles, enfants de deux mères qui en un seul mouvement démontrent que l´on peut aimer et désirer quelqu´un pour ce qu´il n´a pas, et que l´organe masculin n´est pas indispensable pour l´amour, la fonction phallique à travers la maternité.

Les structures psychiques modèlent différentes formes d´homosexualité; suivant l´angoisse de castration, elles seront actives ou passives; pour cela les homosexuelles féminines, s´éloignant de ceux qui tentent d´homogénéiser leur plaisir, montrent une différence notable entre elles. Certaines s´intéressent pour le plaisir sexuel obtenu de manière circonstancielle ou stable mais d´autres ajoutent au plaisir sexuel le désir de former une famille “de planter des racines”, “de transmettre ce qu´elles ont reçu”, ( Nous nous souviendrons toujours de grand-père et grand- mère qui vécurent ensemble, dit Lacan), essayant de contrecarrer les fragmentations douloureuses qui se produisent dans leurs liens sociaux à cause de leur choix sexuel. Elles s´unissent à nouveau à leurs familles revendiquant  l´amour en couple et surtout dans la maternité, auparavant possible par l´adoption et à partir de la nouvelle situation par la fécondation assistée convertie en leur alliée pour la maternité biologique.

D´autres femmes, après une profonde déception dans leurs relations hétérosexuelles, forment avec leurs enfants une nouvelle structure familiale, mais cette fois au sein d´une relation homosexuelle, et les nouveaux enfants sont protégés par la loi comme ceux des unions antérieures.

Mais pour que ce désir soit possible, il a dû se produire à un moment donné, une fixation très  intense pour le père, (la jeune homosexuelle) C´est dans le symbolique, et non plus maintenant dans l´imaginaire, qu´elles se satisfont avec cet enfant, comme un enfant donné par le père. Si cela la soutient avec un conjoint féminin c´est parce que la présence paternelle était déjà instituée, le père fondamental qui sera pour elle un homme quelconque qui lui donne un enfant, un père qui reste inconscient comme ascendant de cet enfant. S´identifiant au père imaginaire l´une à l´autre se nouent, centrant l´amour non sur l´objet sinon sur ce qu´elles n´ont pas, et à partir de là se situant dans la relation du don, de l´échange du rien pour rien.

Des femmes en couple, dans leurs fantasmes inconscients, peuvent attribuer à l´autre le sexe opposé, chacune traitant  l´autre comme elle aimerait qu´elle soit, permettant ainsi  la différence sexuelle; le féminin/masculin peut être entre elles.

L´hystérique est quelqu´un qui aborde l´objet homosexuel en s´identifiant avec quelqu´un de l´autre sexe. Elle ne renonce pas au phallus paternel considéré comme objet de don, mais se nie à le recevoir d´autres, c´est-à-dire d´autres hommes. Et c´est à partir de là que s´articule son désir  d´enfant avec une femme, elle se soumet au plaisir de l´autre pour avoir un enfant sans devoir passer par le désir sexuel de l´homme. En offrant son corps au savoir médical elle unit son désir au désir de succès de ce dernier pour cela; le moment du placement de l´embryon est vécu comme un moment sacré.

Qui a actualisé la promesse inconsciente dans cette grossesse? Le gynécologue qui a balbutié son souhait, le spécialiste en reproduction assistée qui a placé l´embryon, le donneur anonyme? Tous et aucun obturent l´interrogation sur sa sexualité mais à toutes fins elle est déclarée mère.

Les symptômes s´articulent comme plaisir non conforme au prescrit par le discours gouvernant puisque celui-ci essaie de le civiliser, de coloniser ses espaces avec de nouveaux semblants. Quand ces lois n´étaient pas encore prévues, Lacan avait dit que en réalité “ce que l´on cherchait, et plus que dans n´importe quel autre, dans le témoignage juridique, était avec quoi pouvoir juger le touchant au plaisir, le but est que le plaisir se confesse, précisément pour ce qu´il peut avoir d´inavouable.”

A partir de ces lois, on tente une homogénéisation de modes de vie qui sont des modes de jouir, en s´appuyant sur des revendications particulières sans tenir compte qu´il n´y a pas de directrices qui définissent le bien jouir.

N´étant pas la femme toute dans la jouissance phallique avait fait dire à Freud qu´il existe dans la femme quelque chose de rebelle aux idéaux de la communauté et que pour cela elles sont des objets faciles pour les seigneurs qui impulsent les mouvements continus de la science. Toujours à l´avant-garde , elle offre son corps pour la production de nouveaux semblables. C´est une des façons de dénoncer son impossibilité de relation sexuelle que tient l´hystérique, feignant que c´est elle qui y met obstacle.

La médecine de la procréation active le fantasme sexuel puéril des “mères vierges”, fécondées sans péché. Mais il est vrai que depuis plus de 2000 ans se répète la phrase de la vierge Marie répondant à l´ange de l´Annonciation: “Qu´il soit fait en moi selon ta parole”, acceptant le miracle de la fécondation dans une gestation conçue sans péché.

Quand Freud commente le cadre de Léonard sur Sainte Anne, il dit qu´il a donné deux mères à l´enfant, une qui étend son bras vers lui et une autre, dans le fond, toutes deux dotées du bienheureux sourire du bonheur maternel.

De nouveau la psychanalyse, contournant les modes, les défenses à outrance de nouvelles ou de vieilles structures, pourra écouter le désir inconscient qui niche dans chacune de ces mères.