Questions sur l'amour

 
La psychanalyse peut-elle traiter de la question du sexe sans interroger le phénomène de l'amour ?

De Platon à Freud et Lacan, de l'inspiration des mythes polythéistes à celle des poètes, du roman au théâtre, de l'opéra à la chanson, l'amour est bien célébré et chacun peut y reconnaître un coin de son jardin secret.

Pourquoi la psychanalyse privilégierait le lien du sujet au désir aux dépens de sa relation à l'amour comme singularité psychosomatique d'une architecture particulière de l'altérité ? L'inconscient certes est le désir de l'autre.

Cette timidité ou cette pudeur serait-elle une trace fossile de la polémique sur le soi-disant pansexualisme de Freud ou l'effet d'un vertige philosophique voire religieux sur "le plus beau des sentiments", que celui-ci s'adresse à la mère ou à l'enfant (par opposition à l'impur) ou à un seul Dieu (face aux figurations païennes ou sataniques) ?

Certes la question du sexe ouvre à la métaphore de la différence, à la libido support de l'énergie vitale, au rassemblement des pulsions partielles, au signifiant phallique, aux tableaux de la logique.

Serait-ce l'équilibre fragile dans le sentiment amoureux entre l'élévation du Sujet et son aphanisis éventuelle dans la production d'un objet cause du désir qui dessert la question de l'amour ? Ou son expression émotionnelle des conflits constitutifs du Sujet ? Ou cette difficulté soulignée par Freud de jeter un pont entre courant tendre et courant sexuel ?

Aimer suppose une certaine dose de narcissisme. Ce n'est pas seulement un désir d'objet mais un désir sexuel et langagier, requérant d'articuler deux manques, celui que la sexualité apporte au parlêtre et celui du signifiant manquant lié à la parole.

C'est à partir de l'insatisfaction de chacun que se construit le dialogue amoureux, la relation tentant de satisfaire un besoin d'échanges qui porte l'humain à tenter de sortir de sa solitude pour donner et recevoir, au prix d'une identification à l'autre que l'on investit.

La mise en perspective du transfert avec un amour véritable est, elle, pertinente.

On ne doit pas oublier que l' "amour de transfert" a supplanté pour Freud tout recours à l'hypnose. N'y a-t-il pas dans tout amour une part de suggestion ?

La notion d'amour véritable a-t-elle un sens ?

La question de l'amour concerne le verbe et le transfert.

Celle du sexe intéresse le verbe et le corps.

Sont-elles compatibles à l'intérieur d'une même configuration sans une érosion, une perte partielle de chacune des trois consistances, symbolique, imaginaire, réelle ?

N'est-ce pas observable dans les rapports de l'amour et du temps (début, déclin, répétition) aussi bien que dans la contingence du lien entre sexe et jouissance dans l'amour platonique ou l'amour courtois ?

Claude DUMÉZIL

F.E.P - pour Barcelone – mars 2007