D’UNE EXCITATION SEXUELLE D’AUTRUI
J’ai pensé prendre l’épisode qui concerne l’un des
personnages féminins d’un roman d’Haruki Murakami, car, sans trop savoir
pourquoi, sa lecture me fournit immédiatement les mots du titre de mon
intervention, « une excitation sexuelle d’autrui ».
Et tout à fait par hasard, le jour même où je me
préparais à confirmer le titre de mon intervention, je reçus par e-mail
l’information d’un livre envoyé par l’auteur elle-même qui porte le titre :
« ton sexe t’appartient plus encore ». Un livre qui s’adresse aux femmes, un
livre, dont le but écrit dans le prologue portant le titre « de sa propre voix »
dit ceci : « pour nous faire penser à
notre sexualité et ne pas seulement la vivre, ou bien pour ne pas la vivre en
sentant peur, honte, culpabilité ou insatisfaction ». Pour y arriver, il
s’agit pour les femmes de faire que leur sexe leur appartienne de plus en plus,
leur appartienne en propre. Parmi d’autres définitions, le dictionnaire de la
Real Academia Española, définit le mot
« propre » comme ce qui appartient à quelqu’un possédant la faculté exclusive
d’en disposer.
Le livre met l’accent sur l’ « avoir »
et préconise de « se reconnaître dans ce
que l’on a », ce qui est à moi est à moi, à partir du moment où existent ceux
pour lesquels ce qui est à moi leur est étranger ; car c’est ainsi qu’on se
reconnaît et que moi je me reconnais ; on n’obtient de bénéfice que de ce que
l’on possède, de la propriété, ce qui nous situe dans le domaine du phallique et
dans ce qui est propre aux hommes, la jouissance phallique qui en vient à être
une sorte d’appui pour l’identité, et
leur permet par conséquent de se réaffirmer dans leur identité
masculine.
Cependant, en ce qui concerne la question de
l’ « être »,
il en va tout autrement. Nous savons qu’il est impossible de
« se reconnaître dans ce que l’on
est ». Originellement pour refuser
l’ « être » auquel on est
appelé à s’identifier. Cette identification
hallucinée de l’être, qui ne peut mener
qu’à la disparition, en étant appelé au lieu
d’un néant, sera expulsé au dehors, ce sera alors
une répression de la signification phallique du corps. Mais
alors qu’est-ce qu’un corps ? qu’est-ce
qu’une femme ? me semblent deux questions qui ne renvoient
pas à une propre identification, ce sont des questions
qu’il faut attraper dans un autre lieu.
Selon une
autre définition du mot « propre » : se dit de l’accident qui suit
nécessairement ou bien est inséparable de l’essence et de la nature des
choses. Nous pourrions donc situer l’accident de ce qui est proprement
féminin comme être dans un autre lieu où je crois être en parlant et en pensant,
étrangère à moi-même et à nous, puisqu’il n’y a pas de clan identitaire auquel
on peut se raccrocher, ni maison à mon nom, Car n’est-ce pas le propre des
femmes d’être dans ce qui est à autrui, d’être pour l’Autre, d’être en se
faisant désirer par l’autre ?
Je
change de lieu, dans le cas du personnage féminin du roman, et
avant de parler de l’épisode qui m’intéresse,
je donnerai quelques indications sur cette femme de 39 ans,
mariée de la manière que nous verrons, sans enfants,
sophistiquée, de bon goût, possédant une bonne
situation économique. Ce sont des informations qui rendent
compte de la division entre, dirais-je ainsi, « être
en soi-même » et « être pour
l’Autre ». La division entre ce qui est propre et ce
qui est d’autrui permet une inversion, quand ce qui est
d’autrui devient propre, s’approprier, qui correspondrait
à l’exemple du livre que nous avons déjà
mentionné et quand ce qui est propre est essentiellement
d’autrui, ce qui m’est tout à fait utile pour la
question du féminin.
Notes
1* Elle naît et grandit au Japon, va dans une
école japonaise, ses amis sont tous japonais, elle se sent japonaise, mais elle
est de nationalité étrangère, coréenne. Ses parents lui rappelaient toujours
« Ici, tu es une étrangère »
Dans cet endroit d’appartenance qu’elle croit
propre, elle est néanmoins une étrangère, une étrangère dans ce qui lui est
propre, son identité est autre, celle du lieu d’appartenance des
parents.
Cela l’amena à prendre une décision, « pour
vivre dans ce monde, je devais me rendre forte »
2* À 17 ans, elle perd sa virginité et à partir de
là, non seulement elle couche avec de nombreux hommes mais ce sont des hommes
qu’elle connaît à peine. Elle n’éprouve d’amour à aucun moment, sans doute,
selon elle, à cause de son ambition pour devenir une pianiste
célèbre.
Nous avons ici une division qui apparaît sous la scission du sexe et de
l’amour :
Elle a
fait de l’amour avec des hommes inconnus, anonymes, dont elle se sert et sur
lesquels elle exerce une sorte de domination, quelque chose qui lui est
propre, c’est de cette manière qu’elle se rend forte, elle est sujet du
désir dans ce pays phallique, pourrions dire qu’elle se sent japonaise et
ensuite phallique ; ce qui est propre de la jouissance phallique devient un
appui pour réaffirmer une identité.
L’amour cependant lui est étranger, l’amour
de l’homme, l’amour qui féminise, car l’homme aimé sortirait alors de
l’anonymat.
La scission sexe/amour est inévitable et suppose
une certaine division, mais dans son cas elle opte pour un seul terme, le désir,
et en ne sentant aucun amour, elle échappe
du même coup à être divisée.
3* Un souvenir d’enfant (à 5 ans) qui nous
ramène à la question du père et de ses duplicités. Il s’agit de la visite du
village coréen du père, où on lui érige une statue pour commémorer son rôle de
bienfaiteur,
Pour elle, ce village est un endroit
étrange et c’est aussi étrange de voir la statue de son
propre père.
« Mon père était en réalité un homme de petite
taille, mais en statue, il semblait un géant imposant. Alors je me mis à penser
que dans ce monde, ce que voient nos yeux, ne doit pas être forcément
vrai ».
Il semble qu’elle nous dise quelque chose comme :
« Ne croit pas que ton père soit un géant imposant, il n’est en fait qu’un homme
de petite taille ».
Cependant l’épisode traumatique postérieur qui
sera précisément quelque chose qu’elle verra et qui fonctionnera comme une
vérité, contredit ce qu’elle vient de dire; ce qu’elle voit en réalité, c’est le
père de la statue géante et imposante, incarnation de la puissance paternelle,
le père du totem, que l’on aime pour sa puissance et qui féminise. Nous verrons
plus tard comment ce père se présentera sous la figure du
séducteur.
D’autre part, nous ne pouvons éviter de voir ce souvenir autrement que comme un
hommage au père, dont le nom sera immortalisé dans ce lieu paternel si étrange
pour elle, si étranger en opposition à ce qui lui est propre. Le patronyme, le
nom du père, pour une femme ce n’est pas quelque chose qui est en propre mais
qui est d’autrui, ce qui convient, c’est de penser qu’il s’agit du nom de son père et non du
sien. Dans ce cas et à la suite de la mort de celui-ci, elle prend le nom de son
père en héritage, comme le ferait
« l’hereu »( l’héritier ), c’est à dire le fils
aîné.
4* La musique :
De tout petite, elle voulait être pianiste ; déjà
enfant, elle prouva qu’elle avait du talent pour le piano et obtint des prix.
Elle commença une carrière musicale et s’installa à Paris pour se
perfectionner.
« Pour le piano j’avais tout sacrifié (…)
Le piano avait exigé que je lui fasse don de chaque goutte de mon sang, de
chaque morceau de ma chair et moi je ne m’y étais jamais refusée. Pas une seule
fois. »
On
voit ici une manière de s’offrir jusqu’au sacrifice
pour satisfaire une demande que nous pourrions qualifier
d’insatiable et également d’irrésistible,
à laquelle elle n’a jamais cessé de
répondre, à laquelle elle n’a jamais dit
« non ».
D’une
part, s’ébauche la question de la demande, celle de
s’identifier à ce qui convient
d’« être » pour l’Autre, une
grande et célèbre pianiste, ce qui est possible
grâce à la pulsion toujours en tension pour cette demande
et qui tel un vampire
étend sa domination en jouissant de chaque goutte de son sang et des morceaux de
sa chair.
D’autre part, s’ébauche aussi un certain destin de
la pulsion, c’est à dire la possibilité de mettre son interprétation musicale là
où elle est pour l’Autre, le lieu du phallus, mais en le soustrayant et par
conséquence en désexualisant son corps, et en annulant l’excitation sexuelle
phallique. Une jouissance qui ne passe pas par le corps est donc possible, un
corps qui d’une autre façon est pris par une érotisation d’autrui et qui est
joui de manière incestueuse.
5* L’épisode la grande roue
Elle a 25 ans, elle habite à Paris et perfectionne
sa carrière de pianiste.
En été, elle voyage dans une petite ville suisse,
à la demande de son père, pour signer un contrat
commercial.
Elle décide d’y rester quelques jours, car la
ville lui plait beaucoup et il y a un festival de musique.
Elle loue un appartement ; de sa fenêtre, elle
voit un parc d’attraction avec une belle grande roue.
Un jour où elle est dans un café, elle rencontre
par hasard un homme, 25 ans plus âgé qu’elle, beau, latin, divorcé. Elle le
rencontre de nouveau deux jours plus tard, elle se rend compte qu’il veut la
séduire, elle sent le désir sexuel et elle prend peur. Les jours suivants
elle se sent menacée, tout devient sombre et perd de son éclat. L’ombre d’un
mauvais pressentiment recouvre tout.
Elle continue cependant son séjour : « en
réalité, il n’est rien arrivé. Je n’ai subi aucun dommage
concret »
Ces mots ne sont pas innocents et en arrivent à
prédire la souffrance d’un mal
concret.
Un soir où elle se promène en prenant l’air frais,
elle entre dans le parc d’attractions qui l’attire particulièrement, grâce à un
souvenir d’enfance : étant petite, son père l’y emmenait, elle se
souvient surtout de l’odeur de la veste de son père, un jour où ils montèrent
ensemble dans la grande roue.
Signaler à ce moment-là que l’odeur comme élément
commun dans la scène avec le séducteur, elle sent le désir sexuel de ce dernier
et cette odeur dans le parc d’attractions, odeur de la veste de son père, va
nous permettre de parler par la suite du phantasme de séduction du
père.
Bien que le parc soit sur le point de fermer, et
qu’elle soit la dernière à faire un
dernier tour, elle monte sur la roue ; comme elle porte des jumelles et pense
« du haut de la grande roue, je regarderai mon appartement. À l’inverse de ce
que je fais habituellement »
Alors qu’elle s’élève, la beauté du paysage lui
serre le cœur en silence.
Elle essaie de localiser l’appartement avec les
jumelles, mais elle n’en a pas le temps, car elle est déjà redescendue.
Dommage ! Une fois au sol, au moment de sortir, elle remarque que la porte de la
cabine est fermée à clef, et qu’il a personne dans celle du machiniste,
rapidement la roue remonte. Elle fait un autre tour. Sans peur, son désir
devient possible. « Cette fois-ci, je vais repérer mon
appartement ».
La fenêtre de chez elle est ouverte, la lumière
est allumée comme elle l’a laissée. Contempler sa propre chambre lui produit un
sentiment étrange, c’est comme s’épier soi-même.
Il y a
ici une inversion, puisqu’elle regarde maintenant de
l’extérieur vers l’intérieur et c’est
une sorte de réflexif « se regarder »,
comme dans un miroir. Il commence à s’ébaucher une
situation de division entre elle, le sujet de désir et elle, se
regardant comme étant une autre.
La grande roue s’arrête, le silence se fait, pas
de bruits de voix, pas de lumières. Elle est tout en haut. Elle essaye d’appeler
au secours, sans aucun résultat.
Elle se résigne à l’idée de passer la nuit, elle
arrive à s’endormir imaginant le clavier
pour interpréter une sonate de Mozart en le parcourant des
doigts.
Soudain, elle se réveille, regarde de nouveau sa
chambre et voit un homme, peut-être le séducteur, nu assis sur son lit, la
poitrine et le ventre couverts de poils noirs, son grand pénis pendant
mollement. «Que fait cet homme dans ma chambre ? »
Elle voit alors apparaître une femme, cette femme,
c’est elle. Elle se voit elle-même. C’est elle qui est là dans la chambre avec
cet homme. Avec stupeur, elle voit sous ses yeux se dérouler une scène érotique.
Au premier plan, la puissance sexuelle de l’homme, un pénis énorme et une
puissante érection. Elle, celle de la chambre, s’abandonne, se laisse désirer,
se laisse faire, « offrant son corps sans réserve »
La femme de la grande roue ne peut cesser
d’observer, malgré son trouble, cette horrible scène qui n’est plus seulement
sexuelle mais tout à fait obscène et avilissante. Ensuite c’est
l’inconscience.
Elle se réveille à l’hôpital, son corps est plein
de bleus et de contusions. En se
regardant dans la glace, elle découvre que la femme aux cheveux blancs n’est
autre qu’elle-même et elle s’évanouit.
En parlant de cet épisode elle dit : « Je suis
restée de ce côté. Mais (…) mon autre moitié est restée sur l’autre rive. En
emportant mes cheveux noirs, mon désir sexuel, ma menstruation, mon ovulation
(…) Dans une petite ville suisse, sur une grande roue, pour une raison inconnue,
mon être s’est scindé de façon définitive en deux. (…) Un miroir s’interpose
entre nous deux (…) et moi je ne pourrai jamais traverser ce mur de
verre. »
À partir de là, elle abandonne l’université, ses
études à l’étranger, retourne au Japon, sans jamais rejouer de
piano.
L’année suivante, son père décède, elle prend
alors sa succession dans l’entreprise, une entreprise import-export, dont nous
pourrions dire qu’elle fait référence à
la circulation entre ce qui est propre et ce qui est étranger. C’est l’aînée, sa
mère a une santé délicate et ne parle pas bien japonais, son frère est encore
petit. Trois ans après la mort de son père, elle se marie avec un ami d’enfance
qui l’aime depuis longtemps et qui accepte l’absence totale de relation
sexuelle. Ils ne se voient que les week-ends, car elle garde un appartement où
elle passe pratiquement tous les jours de la semaine.
L’entreprise est actuellement sous son entière
responsabilité et lui appartient ; bien que son frère et son mari s’occupent du
gros de l’entreprise, elle se consacre à sa propre affaire, l’importation
de vin, ce qui lui permet de voyager à l’étranger.
J’ai déjà dit que l’odeur, l’odeur du désir sexuel
du père, autorisait à interpréter le fantasme de séduction, brutalement
réalisé dans la scène où elle regarde et où elle se
regarde.
Il y a auparavant une sorte de prolégomènes, car
elle va faire quelque chose qu’elle ne devrait pas, regarder, expier par
la fenêtre, que dirait-on si on savait qu’elle épie. Je viens de me tromper en
écrivant épier, car en réalité j’ai écrit expier dont la
signification implique la faute et le châtiment. Et c’est bien de cela qu’il
s’agit, de la prohibition qui convoque le père en tant qu’agent de la
castration.
C’est une scène humiliante, avilissante,
dit-elle ; ce qui fait penser au fantasme « on bat un enfant », être
battue, être punie fait courir l’excitation parce que ce père qui excite est un
séducteur.
Être séduite par la virilité du père implique un
danger, celui d’un père qui en tombant de sa fonction et en devenant un homme,
n’empêche plus l’inceste, rien ne sépare plus la fille de l’espace maternel du
vampire. Le désir du père amène la menace de la jouissance incestueuse,
excessive et mortifère.
L’attraction qu’elle a provoquée chez cet homme
qui, par son âge, pourrait être son père, l’effraie, parce que c’était un danger
et non une satisfaction, le propre désir de provoquer le désir du séducteur est
source d’angoisse.
Mais qu’est-ce que cette ombre qui recouvre tout
et éteint tout ? Serait-ce une sensation de mort, la proximité de la mort qui
porte en soi le désir lui-même. De la même manière que le père séducteur est
irrémédiablement acculé au parricide.
Le fait que tout se passe dans une ville inconnue
et étrange, dans un pays étranger où elle est elle-même une étrangère inconnue,
entraîne la disposition d’une femme à perdre le nom qui est celui du père, un
nom qui ne lui appartient pas, la perte du nom qui équivaut à la disparition du
père et ouvre la possibilité d’une jouissance du corps
au-delà.
Cela renvoie, en outre, à une question d’identité,
à une certaine évanescence du sujet. Une analysante se souvenait de ses intenses
rêveries où elle était capturée par des étrangers exotiques, et vendue dans des
pays lointains comme esclave à des hommes inconnus. Non seulement cela lui
procurait un plaisir intense, car elle pouvait passer des heures à se les
imaginer, mais qu’en plus, elle était fascinée par le fait de ne pas compter
comme sujet parlant puisque personne ne parlait sa langue ; ainsi annulée en
tant que sujet du désir, elle était à la merci du désirs des
inconnus.
Nous avons là la scission de la figure paternelle,
d’un côté le père du totem, celui du phallus et nous nous trouvons dans la scène
du désir sexuel et de l’obscénité, à la recherche du phallus. Et de l’autre, le
père du nom auquel on rend hommage, le nom que l’on prend comme d’autrui pour
être perdu et qui sort la jouissance de son anonymat. Le potentiel érotique est du côté du père vivant et non du père
mort qui le cache, comme dans la scène de séduction qui se déroule devant ses
yeux. Et non sans conséquence.
Au-delà de la thématique du fantasme qui concerne
l’excitation sexuelle, il est intéressant de souligner cette autre scission, en
deux et de façon définitive, du personnage féminin, la moitié d’elle même
expulsée sur l’autre rive, la féminine, cette part qui devient étrangère à
elle-même dans la même scène et définitivement étrangère postérieurement. Sans
menstruation, sans ovulation, sans désir sexuel et sans excitation sexuelle,
aucun homme ne viendra plus au lieu où peut être reconnue sa virilité. On dirait
qu’il s’agit d’un deuil, tout ce qui peut rendre possible une jouissance portée
par une excitation sexuelle, est rejeté,
un deuil impossible. Seul un père tout-puissant pourrait interdire totalement
l’inceste empêchant toute activité sexuelle. Mais aussi cette prise du corps
peut suggérer une offre que rédime de l’infidélité au premier amour, l’amour de
la mère.
Je pense la scission de la scène de la grande
roue, mais à l’inverse comme ce qui est le propre du sujet féminin dans sa
position par rapport au partenaire sexuel, c’est à dire qu’une femme soit une
Autre dans la rencontre sexuelle implique d’être scindée du sujet qui est par
l’effet du savoir inconscient, divisée entre ce qu’elle est en tant qu’être
parlant, en tant que sujet du désir et l’Autre qu’elle est aussi étant pour
L’autre, qui veut jouir aussi et faire jouir. Quand je dis à l’inverse, c’est
parce que dans la rencontre avec le partenaire, le sujet qui est sur la grande
roue, qui pense, qui parle et qui rêve, s’efface. Soutenir et mettre en jeu
cette division est le propre du féminin, être à ce point qui implique
l’évanescence du sujet, je pourrais dire
comme dans l’orgasme qui l’éclipse l’espace d’un instant, même comme corps qui
devient informe et inexistant.
On demande à Tiresias sur la jouissance féminine
quand il redevient un homme, quand il y a sujet du savoir et parlant, le parler
équivaut à reprendre le nom et à devenir sujet du désir. Mais si le propre du
féminin est cette absence sporadique
d’elle-même, scindée d’elle-même dans un instant de totalité, comment savoir sur
la question de la jouissance féminine, quoi dire sur son propre être, quand le
discours est ainsi forclus. Nous sommes alors l’Autre qui, comme Tiresias
essayons de répondre et de rendre compte de la même
question.
ROSA NAVARRO FERNÁNDEZ
Reus 21 février 2007
Note bibliographique :
1 « Sputnik, mi amor » de Haruki Murakami.
Tusquets Ed. (col. Andanzas).
2 “Tu sexo aún más tuyo” de Silvia de Béjar. Ed.
Planeta.