Juan BAUZÁ
Congrès de Padoue de la FEPP, le 29 et le 30 octobre 2005

Quelques questions préliminaires à tout traitement possible de la psychanalyse comme science et de la science par la psychanalyse


Argument

Ce n’est pas par hasard si ce titre évoque un autre titre: celui de Lacan sur la «question préliminaire à tout traitement possible de la psychose ». Dans le résumé pour l’annuaire de son séminaire XI sur Les fondements de la psychanalyse Lacan formule deux questions concernant le rapport de la psychanalyse à la science :

«Permanente donc restait la question qui fait notre projet radical : celle qui va de : la psychanalyse est-elle une science ? à : qu’est-ce qu’une science qui inclut la psychanalyse?»  

A mon avis, il faudrait reformuler ces deux questions qui font problème : la première c’est qu’une discipline ne devient pas une science par son objet mais par la manière ou la méthode de traiter son objet ; la seconde c’est que ce n’est pas la science même mais la théorie des critères de scientificité ou de rationalité —comme il serait préférable dans ce cas-là— d’une discipline ce qui la rend admissible ou pas dans le champ rationnel ou scientifique.

Voilà cette reformulation de la question lacanienne:

«Quelle méthode de traitement de l’objet ou des objets de la psychanalyse peut-elle établir sa rationalité ou scientificité ? Quelle épistémologie ou quelle théorie de la science pourrait-elle rendre admissible la psychanalyse dans le champ rationnel-scientifique?»

Après avoir reformulé ces deux questions qui nous pose Lacan, il faudrait  mettre sur le tapis, comme notre titre le suggère, toute une série de questions préalables fondamentales lorsqu’il s’agit de considérer la psychanalyse comme science, et il faudrait savoir ce que la psychanalyse contemporaine peut nous fournir à propos de la science ou du discours scientifique, qu’en aucun cas pourrait être envisagé comme un idéal ? S’il faut conserver l’esprit scientifique dans toute discipline rationnelle pour ne pas tomber dans l’idéologie, la question serait de savoir quel genre de rationalité est convenable pour la psychanalyse. Lacan nous a donné quelques indications : une logique modifiée dans une topologie du sujet, des structures algébriques et topologiques pour formaliser les différents aspects de la théorie psychanalytique. Je pense qu’on pourrait partir de ce qu’on appelle conception structuraliste (à ne pas confondre avec le structuralisme français) des théories scientifiques (dont les représentants les plus importants sont Suppes, Sneed, Stegmüller, Balzer et Moulines), —conception qui est une extension du programme Bourbaki aux sciences empiriques et dont la formulation pourrait être considérée comme la plus avancée, bien que très peu connue, dans la théorie de la science— et nous en servir pour faire notre critique de la scientificité de la psychanalyse et de la science d’une façon un peu plus rigoureuse que celle faite par Popper ou Grünbaum à propos des fondements de la psychanalyse.