Fondation Européenne pour la Psychanalyse

La Psychanalyse

et la question du sexe

ROME, samedi 6 mai 2006

Quelques propos orientatifs sur la sexualité des hommes dans le champ psychanalytique

Du réel du sexe biologique comme fonction de la reproduction au réel du sexe du point de vue psychanalytique comme fonction de la jouissance. De la différence sexuel anatomique à la sexuation.


Juan BAUZÁ

Le titre général que je vous propose, veut préserver un certain ambiguïté qui porte sur trois questions auxquelles je prétende ici donner un petit première développement, en fait ce texte est une première partie, comme le sous-titre indique.

1. D’abord « sexualité des hommes » veut effectivement se référer à la problématique sexuel des hommes, c’est à dire des êtres humaines appartenant au sexe mâle –qu’ il faudrait différencier de la classe des « hommes » qui est un des deux destins finals des êtres humaines à l’âge adulte-, et à la réponse analytique à cette problématique autant pour ce qui se réfère aux modes de description, à l’explication de la même, comme à leur traitement [1] proprement analytique.

Symptômes
Il faut commencer pour cerner les symptômes qui portent ces hommes à faire une « demande de libération » à un analyste, ce qui ne correspond pas nécessairement comme nous savons au désir du sujet de cette demande.

I. Un première groupe de ces problèmes, pas seulement les psychanalystes mais aussi les médecins andrologues par exemple, les qualifieraient directement de sexuels, dont ils le sont d’une façon manifeste en tant qu’ils affectent explicitement l’organe « le plus saillant de ce qu’on peut attraper dans le réel de la copulation sexuelle » [comme dit Lacan dans « La signification du phallus », Écrits, p. 692. [2] Tout une série de dysfonctions érectiles: impuissance, éjaculation précoce ou retardé, non justifiées d’un déficit pathologique anatomo-physiologique, qui comportent difficultés pour se satisfaire sexuellement, à lui-mêmes, ou avec ou à leurs partenaires, au moins d’une façon suffisante, si quelque fois dans ce champ nous pouvons parler de suffisant.

II. D’autre part, deuxième groupe, des hommes dont ces mêmes médecins supposeraient un bon fonctionnement sexuel, ne manquent pas d’avoir de problèmes de relation avec les femmes, pour les désirer, pour les aimer, pour les entendre en tout cas, et finalement pour les accepter comme tels.

Les hommes, donc, ont manifestement de problèmes avec son propre sexe, dont il semblerait qu’ils ne savent pas qu’en faire, et avec l’autre sexe, dont ils le savent encore moins.

III. Mais l’analyse nous révèle encore un troisième groupe, donc les hommes ont aussi de problèmes indirectement ou de façon latente ou déguisée sexuels, c’est la découverte propre de Freud. Comme il nous dit « Les symptômes ce sont la participation sexuel (die sexualbetätigung) des névrosés » ou encore, p. ex. dans Inhibition, symptôme et angoisse, vous pouvez lire : « Le symptôme serait le signe et le substitut [nous dirions le signifiant] d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu comme résultat d’un processus de refoulement ».

Quelle est la réponse analytique à ces symptômes ?

La réponse analytique. L’enjeu du sexe selon la psychanalyse

2. Pour répondre à cette question il faut comprendre d’abord quel est l’enjeu du sexe selon la psychanalyse. C’est ici que nous pouvons passer à la seconde signification de mon titre, la sexualité des hommes se réfère à la notion et au traitement spécifique du réel du sexe du point de vue psychanalytique.

Critique du biologisme et du point de vue freudienne

Cette notion et le traitement correspondant, a son origine dans une première coupure freudienne avec les conceptions soi-disant scientifiques ou populaires de la sexualité. Cette coupure se produit dès la publication de l’œuvre princeps de Freud : Trois essais pour une théorie de la sexualité (1905). Freud y définit encore la sexualité adulte, au terme et certes d’une façon ambiguë, comme étant au service de la reproduction. C’est à dire, malgré un changement de style, la position de Freud répond encore à une idéologie biologiste prétendument scientifique, à une philosophie naturaliste. Que dirait-on aujourd’hui par exemple du point 4 du dernière essai intitulé : « Sur les différences entre l’homme et la femme » ?
Lacan par contre, par exemple dans la deuxième séance de son séminaire D’un discours qui ne serait pas du semblant du 20 janvier 1971, nous rappelle qu’il y a un monde entre le terme de sexualité pour se référer à ce dont il s’agit concernant ce que Freud énonce des relations que l’inconscient révèle et une quelconque substance biologique :
« Quels que soient les trébuchements auxquelles Freud a pu succomber dans cet ordre, ce qu’il révèle du fonctionnement de l’inconscient n’a rien de proprement biologique »
Vous pouvez constater, je pense que c’est pas difficile, que si nous devons rester tout près des phénomènes avant de les expliquer pour ses causes, nous devons affirmer que la reproduction est, en fait, un effet contingente du besoin sexuel, et pas à l’inverse. Il me semble que penser le besoin sexuel humaine comme un effet obscur de la fonction reproductive comme font les biologistes c’est vouloir passer comme scientifique ce qui est plutôt idéologique.
Le biologisme c’est une des premières formes qu’acquiert la résistance à la psychanalyse par rapport au sexe. Les biologistes, je dirai les tenants de l’idéologie, tout  « scientifique » que vous voulez, biologiste, subordonnent le sexe à la reproduction et croient au rapport sexuel donné par les gènes ou par l’instinct sexuel. Pour la psychanalyse le sexe c’est Autre chose. On pourrait parler du rapport du sujet avec la jouissance et avec le plaisir au regard de son propre corps et le corps des autres et ce sexe et ce rapport entre les sexes ne s’aborde pas pour le sujet humain que par le biais du langage. Le sujet de la psychanalyse ne peut pas se réduire à un être animal qui se reproduit et parle, mais c’est un être parlant, un parlêtre –nous dit Lacan-, que parfois se reproduit comme effet, même indésirable, de l’exercice de la sexualité.
Justement c’est dans la mesure que la reproduction c’est cet indésirable intrus de la sexualité que Freud parle de l’étiologie des névroses déjà dans ce que nous pouvons considérer son premier article sur la sexualité de 1898 (« La sexualité dans l’étiologie des névroses ») :
« Il serait un des grandes triomphes de l’humanité, une de ses plus sensibles libérations de la compulsion naturelle à laquelle nous sommes soumis, que la procréation pourrait devenir un acte voulu et délibéré, en pouvant le séparer de la satisfaction obligé du besoin sexuel. »
Alors, continue Freud, pour pouvoir séparer la satisfaction sexuel de ses conséquences indésirables : la reproduction, les maladies de transmission sexuel ou d’autres non voulus il faut mettre en exercice des mesures, mais entre ces mesures il faut distinguer ceux qui sont nocives et ce qui ne le sont pas. Et comment Freud définit la nocivité ?:
« Il est nocive tout ce qui encombre la satisfaction, et c’est dans la mesure que nous ne disposons pas de mesures qui ne diminuent pas les sensations de plaisir, que la jouissance de la vie, la sexualité humaine est profondément limitée et altérée. »
En plus, pour la psychanalyse freudienne, la différence des sexes ne peut pas se réduire à la différence anatomique. Celle-ci en tout cas vaut comme un premier temps et comme l’énonçait Freud dans son article de 1925 par ses « conséquences psychiques ». Dans la pratique analytique on peut vérifier la difficulté pour tout sujet, et quelque soit son structure, avec son sexe et avec le sexe de l’autre. Mais alors qu’appelle-t-on au juste « son » sexe ou le sexe de l’autre si ce n’est pas le sexe anatomique ? Le devenir « homme » ou « femme » ? Mais encore qu’est-ce que c’est « être homme » ou « être femme » ? Pour Freud et pour la psychanalyse, ce devenir « homme » ou « femme » est un processus complexe, pas toujours réussi, articulé au développement de la pulsion sexuelle, et relativement tardif, donc il est précédé par ce que Freud dans un autre article célèbre nomme « organisation génital infantile » régie par la phase phallique, le complexe de castration et le complexe d’Œdipe dans les deux sexes, mais avec une sortie différent pour le garçon et pour la fille. Mais, a partir d’ici qu’est qu’on peut nommer : « organisation génital adulte », s’il y en a, pour l’homme et pour la femme sans tomber dans des modèles idéales identificatoires surmoïques ?  Est-ce qu’on peut parler d’une sexualité « masculine » ou « féminine » indépendamment de l’être « homme » ou « femme », et dans ce cas qu’est que c’est ça ?
Dans ce parcours qui va du complexe d’Œdipe au complexe de castration pour le garçon, et du complexe de castration au complexe d’Œdipe pour la fille, l’anatomie -au moins si nous suivons Freud- reste essentielle. Celle de départ, la propre d’abord, celle de l’autre sexe ensuite : pour celui qui a un pénis, nous sommes, il faut pas l’oublier, aux théories sexuelles enfantines, aux fantasmes qui leur correspondent, la perception de son absence chez la fille donnera son poids réel à la menace de castration ; pour celle qui n’a pas le pénis, c’est à  sa vue qu’elle succombera au penisneid. Nous sommes encore dans Freud. Et toujours dans Freud sans compter l’importance décisive de l’anatomie maternelle imaginaire plutôt que réel, et l’anatomie paternelle, et surtout ce que cette anatomie signifie aux yeux de l’enfant pour la mère.
Est-ce que nous pouvons encore aujourd’hui souscrire la position freudienne, p. ex. la croyance enfantine que toutes les femmes ont un pénis. Ou il faut rappeler que cette croyance s’appui surtout sur la jouissance masturbatoire que l’enfant a de son propre organe : pénis ou clitoris, considéré ainsi comme phallique, dans la mesure dont la satisfaction sexuelle dépend de lui. Cesser de penser vrai cette universelle : « Tous les êtres vivants ont le pénis », attribution qui n’assure pas l’existence effective, mettrait en péril sa jouissance à cause de la castration qui méconnaît alors son origine. Est-ce que nous ne nous rendons compte de que ce que l’enfant a peur de perdre c’est sa jouissance, et alors la castration c’est la marque de cette perte ou de la possibilité de cette perte ?
C’est la jouissance ce qui est en jeu, et la jouissance dans l’homme est fonction de la parole et du langage. L’homme parle et jouie et c’est ça surtout ce qui le différencie des animaux, jouie d’un corps et ce jouir c’est la propriété de l’être parlant. Mais la jouissance sexuel c’est plutôt rare que ça établisse un rapport entre deux sujets, disons que chacun avec son fantasme se serve de l’autre comme support pour son jouissance, naturellement pour que ça marche il faut quelque concurrence des fantasmes. Et les gens que nous vient nous voir viennent parce qu’ils ne trouvent pas le support adéquat de son fantasme ou son fantasme leur met en problèmes. C’est à dire c’est dans la mesure justement que le rapport sexuel n’existe pas que nous analystes existons ou subsistons si vous voulez. Qu’est que-ce donc on espère de nous ? une orientation pour trouver un support adéquat du fantasme ? ou bien apprendre à se situer par rapport à toute cette problématique du sexe ?
Pour ce qui se réfère aux représentations imaginaires du rapport sexuel ceux-là ce sont posées sur une polarité complémentaire, une dualité imaginaire susceptible d’être réduit de par le rapport. Ce qui donne tous ces images du tipe le fil et l’aiguille, le pénis et la vagin, le yin et le yang, conçus comme deux en un et connotés comme le + et le -. Par contre, pour la psychanalyse freudienne au lieu de jouir de l’autre sexe, l’homme et la femme jouissent du signifiant phallique, F (x), si vous voulait avec le truchement de l’autre sexe, effet et cause du manque du rapport sexuel  Bien sûr cette jouissance phallique peut se faire selon des modalités distinctes pour les deux sexes que jouissent du phallus en tout cas et pas proprement de l’autre sexe.   

Jusqu’ici j’ai voulu faire un bref rappel freudien, peut-être pour le laisser ouvert à la critique. Ce qui nous introduit :

La position de Lacan

3. Finalement troisième signification de mon titre. Ce titre veut évoquer un écrit de Lacan que je choisi comme représentant une seconde coupure dans le champ analytique qui est l’œuvre de Lacan, qui veut être un achèvement de l’œuvre freudienne. Je me réfère aux Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité feminine. Cet écrit avec La signification du phallus et la Remarque sur le rapport de Daniel Lagache constituent une seconde coupure avec la conception populaire et scientifique de la sexualité et avec cette fois le postfreudisme représenté par la position de Lagache. Concrètement vous pouvez lire presque à la fin de la Remarque de Lacan, notamment à la fin du troisième chapitre:

« La fonction [grand fi] du signifiant perdu [celle qui correspond à la dénotation du signifiant de l’Autre barré, S ], à quoi le sujet sacrifie son phallus, la forme (a) [grand fi de petit a] du désir mâle, [grand A barré de petit fi] du désir de la femme, nous mènent à cette fin de l’analyse dont Freud nous a légué dans la castration l’aporie » (Écrits, p. 683)

Lacan depuis 1957 a lu Frege, et tous ces écrits en portent la marque, notamment de la notion de fonction propositionnelle [3], F (x). Cet paragraphe dont le simple énoncé ne résout pas son caractère énigmatique, représente à mon avis cette seconde coupure qui veux résoudre les impasses de la formulation freudienne, c’est à dire achever leur théorie sexuelle, je dirai infantile. Cette citation nous pouvons la considérer comme la première indication de ce qui seront quelques années après, en passant il faut le dire par l’important séminaire de L’identification, des formules de la sexuation, avec lesquelles nous pouvons parler de troisième coupure, que Lacan va construire à partir du séminaire de 1971 sur Un discours qui ne serait pas du semblant, à travers les séminaires suivantes en passant pour les importantes indications de L’Étourdit jusqu’à la table du séminaire XX (1972-1973) Encore.

Table 1 : Écriture de Lacan de la structure logico-mathématique de la sexuation

Quelle est le problème que cette table prétende résoudre ?

Pour Freud, la problématique de la castration s’inscrit pour les deux sexes sous le chef de « avoir ou ne pas avoir le phallus » le seul organe sexuel que l’enfant connaît et dont il associe une jouissance désirable (la jouissance sexuelle) qui fait craindre leur perte (castration) ou leur privation. Pour le « garçon » c’est la menace de perte qui porte sur l’organe phallique, le pénis normalement. Pour la « fille » c’est l’espoir de l’avoir un jour, ou la nostalgie de l’avoir eu et perdu. Comment peut-on donc le récupérer ou restituer leur perte ?
Lacan ajoute à la conception freudienne, depuis la signification du phallus en 1958, une nouvelle problématique, celle d’ «être le phallus ». Il propose pour ce qui est des rapports entre les sexes, de s’en tenir à la fonction du phallus, mais que ces rapports tournent autour d’être et d’avoir le phallus, en insistant sur la fonction signifiant de celui-ci, distingué de l’organe. Lacan par rapport aux positions sexuées parle d’être le phallus, d’avoir le phallus. Nous trouvons, p. ex. « la femme n’est pas sans l’avoir », « il faut renoncer à l’être pour l’avoir », ou encore : « il faut que l’homme, mâle ou femelle, accepte de l’avoir et de ne pas l’avoir à partir de la découverte qu’il ne l’est pas » [É., 642]
D’ailleurs, le genre, que nous pouvons considérer comme équivalent à un système d’identifications imaginaires et signifiantes, n’épuise pas le rapport du sujet à son sexe et à celui des autres. Une caractérisation du sexe ne peut pas se réduire à une identification. Une identification ne suffit pas à expliquer qu’une femme soit frigide ou un homme impuissant. Lacan nous propose une autre logique qui commence avec cette introduction de la fonction phallique qui lui permettra utiliser la logique des prédicats ou modal quantique.
L’anatomie analytique n’est pas ni l’anatomie soi-disant naturelle, biologique, ni le genre, c’est la sexuation, c’est à dire le processus pour lequel le sujet « choisi » son sexe ou sa position sexuée.

Est-ce que Lacan renie de l’importance de l’anatomie tout imaginaire que vous voulez dans Freud ? Mais non ! mais en plus il aborde le sexe en soulignant la jouissance associé et l’importance du langage dans le processus qu’il dit de sexuation en face d’un supposé développement naturel qui serait troublé pendant ce développement même.

Les trois temps logiques de la sexuation. Critique de l’identité de genre

La sexuation relève d’un temps logique aliéné a l’Autre, avant d’une séparation possible: instant de voir anatomique (mâle ou femelle ?), temps pour comprendre discursive (garçon ou fille ?), moment de conclure du choix du sujet (homme ou femme ?).

Dans le premier temps l’imaginaire biologique semble prévalent. Comme vous savez pour la biologie il y a deux sexes, repérables par leurs attributs anatomiques d’abord, par les cellules sexuelles ou gamètes en second lieu, et aujourd’hui grâce aux avances de la génétique et de la biochimie par les chromosomes et les hormones sexuelles. Ces deux sexes permettent d’écrire un rapport sexuel entre gamets, ordonné à la finalité de la reproduction. Selon cette point de vue biologiste l’être humain y est un animal parmi les autres, tout sophistiqué que vous le voulez. Et certainement en suivant ce sujet de la science dans nos sociétés on assigne systématiquement, avant la naissance ou au moment de la naissance, l’enfant à une des deux sexes : mâle ou femelle, à partir de tous ces constatations de l’imaginaire biologique.

Mais la chose sexuel ne finit pas là, on peut dire que là commence, cet assignation n’est pas le point final, mais le point de départ de l’histoire sexuel de l’individu en question, donc comme vous pouvez constater facilement chaque culture valorise et interprète le sexe anatomique pour construire à partir de lui le masculin et le féminin, ce que John Money, et surtout après lui Robert Stoller ont nommé l’identité de genre, que nous pouvons définir comme la réseau symbolique de croyances, traits différentiels de la personnalité, attitudes, valeurs, conduites et activités que l’on associe de façon différentiel aux hommes et aux femmes. Ces différenties encore comportent d’autres valeurs, et avec eux, inégalités et hiérarchies. Donc on ne naît pas homme ou femme, on le devient, et la detentation d’un pénis ou d’une vulve ne sont pas suffisants pour décider là dessus.

Mais depuis ce constat semé d’idéologie sans le savoir, le discours psychanalytique, relève un autre réel du sexe qui est en jeu, dont le sexe médiatisé par le langage n’est plus nature, phusis, mais sexus, eros, qui fait qu’il n’y a pas de rapport sexuel directe pour ainsi dire, mais ordonné par ce que nous nommons la fonction phallique. Il y a des objets signifiants du désir et des rapports avec ces objets qui produisent jouissance, plaisir ou douleur par rapport à la pulsion sexuel, ces objets ce sont les arguments variables de la fonction phallique, qui permettent l’opération qui ordonne les rapports du sexes. Dans la mesure dont ces rapports ce sont médiatisés de par la fonction phallique il n’y a pas vraiment rapport à l’autre sexe.

Ce que j’ai nommé le deuxième temps pour comprendre la différence anatomique, première si vous voulez, est celui du discours sexuel, le discours que se réfère a la question du sexe d’une façon quelconque, l’effet de ce discours sur le sujet et sur leur structure produira son sexuation. Comme dit Lacan dans ce texte fondamentale pour le sujet de notre journées, La signification du phallus :

« le signifiant a fonction active dans la détermination des effets où le signifiable [le sexe anatomique dans ce cas] apparaît comme subissant sa marque, en devenant par cette passion le signifié [sexuel] » (Écrits, p. 688)

La nature humaine est son interprétation et ne vaut qu’interprétée, si la nature donc est le signifiable, elle n’est pensable sans le signifiant, ce qui fait que la perception n’est pas une donnée primaire, un a priori axiomatique comme il semble supposer l’empirisme ingénu propre encore de la pratique habituelle des sciences biologiques qui fondent beaucoup des pratiques médicales modernes, la perception est structurée par le signifiant (lisez par exemple le livre de Laqueur sur La fabrique du sexe ou encore La logique du vivant  F. Jacob). Alors selon son sexe anatomique « on » distingue les deux sexes en question comme garçon ou fille. Ce « on », ce sujet impersonnel du deuxième temps logique, c’est comme le premier l’entourage, bref le discours de l’Autre, tout scientifique ou technifié que vous le voulez. Ce discours de l’Autre impersonnel est ce que Lacan dans la séance du 8 dec. 1971 de son séminaire « …Ou pire » appelle « erreur commune », c’est l’erreur qui fait semblant de communauté discursive. La nature comme le signifiable du sexe anatomique suggère une différence, mais dès que l’ on profère « c’est un garçon » ou « c’est une fille », on entre à son insu dans tout une réseau signifiant, qui essai de représenter un sujet pour un autre signifiant, essayer de vous en sortir vous serait mieux attrapés. A partir de là on entre dans toute une série de valeurs symboliques dans la dépendance des critères phalliques, si tant est que comme dit Lacan aussi au texte cité en haut :

« Le phallus est un signifiant […] le signifiant destinée à désigner dans leur ensemble les effets de signifié, en tant que le signifiant les conditionne par sa présence de signifiant » (Ibid., p. 690)
« Garçon » donc ne vaut plus seulement dire porteur d’un pénis, mais potentiellement capable de devenir, d’être un « homme », comme on dit. Mais encore qu’est que c’est ça ? « Fille » aussi perd son sens anatomique pour devenir … chi lo sa.
La nature signifiable devient semblant signifié et succombe sous le poids des signifiants qui catégorisent la ou les différences « naturelles ». L’organe anatomique est devenu organon, instrument signifiant passible de jouissance.
Le troisième temps, moment de conclure, plus ou moins fermé est celui du choix de sexe, celui de la sexuation : on devient « homme » ou « femme »

Conclusions et réformulation des formules de la sexuation

     
Pour les biologistes donc, même s’ils se disent psychanalystes, le sexe est une fonction de la reproduction. Dans Stoller, malgré son critique du biologisme avec l’introduction dans la psychanalyse du concept d’identité de genre, et qui nous fait certaines réflexions intéressantes qu’il vaut certainement la peine lire depuis son première volume de son Sex and gender (1968) jusqu'à le dernière le troisième, Presentations of gender (1985), nous pouvons lire encore : « La reproduction est le but essentiel sous-jacent au comportement sexuel […] ainsi il existent deux sexes : l’un mâle et l’autre femelle », déterminés par un certain nombre de traits caractéristiques : chromosomes, gamètes, hormones, organes génitaux externes et internes, caractères sexuelles secondaires. On peut donc diviser les individus comme appartenant à deux clases repérables par des attributs opposées ou des traits distinctifs.
Avec la notion d’identité de genre, nous sommes devant un autre problème le psychologisme. Dans la logique sous-jacente à une classification scientifique on identifie un individu à un trait caractéristique, un attribut significatif et on fait à partir de cette identification réductive des clases d’équivalence. Mais dès que l’on se place dans la perspective d’une théorie des classes impliquant de recherches d’un trait dont le sujet a ou n’a pas, on est dans la logique d’une identification imaginaire à un sexe, et son corrélat : un rapport sexuel imaginaire. Cette logique ne suffit pas à déterminer la sexuation qui nécessite d’une logique modifiée que Lacan indique sans bien la formaliser avec ses formules de la sexuation étant donné que les négations qu’il réfère dans une logique des prédicats (L1, T1) ne peuvent se confondre avec la négation classique, donc ce sont des négations modifiés qu’il faut définir d’une façon consistante logiquement. D’autre part, pour Lacan dans une critique de l’Organon d’Aristote il y a une béance entre l’Universelle, qu’il dit que se fonde d’une existence que le nie, et l’existentielle.
En plus, dans cette classification, la différence entre les sexes est toujours et dans toutes les sociétés idéologiquement, donc pas scientifiquement, traduite en termes d’un langage binaire, spéculaire et hiérarchisé qui s’étend à d’autres concepts et qui déterminent un dualisme paranoïaque. La différence des sexes fournit une opposition conceptuelle de base : celle de l’identique et le différent, du tipe A = A et A
¹ Ø A, quand nous savons que tout ce que dépend du langage implique que A ¹ A et A = Ø A. C’est à dire la logique du signifiant qui régit les effets sur le sujet et donc sa sexuation comporte une subversion du principe d’identité ce qui fait de l’identification au trait unaire un principe de fausse égalité entre les objets qui le partagent, et de fausse différence entre les objets qui ne le partagent pas. C’est pour ça que la psychanalyse nous porte à une critique pas seulement du biologisme régnant qui réduise et trivialise le sexe à une fonction de la reproduction, d’une part, mais aussi au psicologisme de l’identité de genre qui se fonde sur cette logique canonique classique qui se prétend fondement de la rationalité scientifique et qui participe du reniement du non-rapport sexuel. Ni le biologisme, ni la classification basée sur l’identité des genres sert pour rendre compte d’une façon cabale de la sexuation d’un sujet ou si vous voulez du procès qui porte à leur identité sexuel. Il faut une subversion logique, celle qui correspond à une logique du signifiant appliquée au sexuel, et c’est ça à mon avis que Lacan essaie de formaliser en formulant les éléments d’une logique modifié dans une topologie du sujet. Les formules de la sexuation ce sont la formulation algébrique sui generis de la structure logico-mathématique qui correspond à la sexuation du sujet du désir, homme et femme, qui seraient son modèle.

Je voudrais pour finir mon exposé attirer votre attention de nouveau sur cette table de Lacan dans Encore par rapport à la sexuation (voir là-dessus)
Dans cette table il y a un problème, donc on peut confondre les functors de la négation (voir appendice) qui apparaissent avec des functors de la négation classique ce qui conduit à une confusion importante. En effet supposons que nous traduisons ces functors en termes de logique canonique classique, alors nous aurons

$x ØFx     Ø $x ØFx

"x  Fx       Ø"x Fx

Dans ce cas, le coté gauche peut se référer parfaitement à une écriture classique, symbolisation de la logique aristotélique. Ø est le caractère primitive de la négation classique. D’autre part la formule en haut est une existentielle négative, et la formule en bas c’est une universelle affirmative et du point de vue de la logique canonique clasique (LCC) sont contradictoires entre eux. Quelle est le problème ? C’est qu’ici il y  quelque chose qui est nié et que Lacan veut restituer sur  le coté droite. Dans cette écriture, du point de vue de la LCC le coté droit comporte une écriture inédite, mais qu’on peut lire comme une formulation dual du coté gauche, c’est à dire une façon différente d’écrire le même. Effectivement :
"x Fx  Þ  Ø $x Ø Fx, que c’est une autre écriture de l’universelle affirmative en termes d’une non existentiel négative.

De la même façon je peux écrire
$x ØFx  Þ  Ø"x  Fx, que dans ce cas c’est une autre écriture de l’existentiel négative en termes de non universelle affirmative.

Dans les deux cas ce sont deux manières d’écrire la même chose ce qui ne rend compte de ce que la formulation de Lacan veut relever et que cette dernière formulation classique voile. Il me semble donc nécessaire écrire ça d’une autre façon capable de restituer ce que la formulation classique voile. Pour ça il faut introduire quelques modifications qui relèvent les négations modifiés implicites dans ces formules. Je vous propose l’écriture suivante :

$x ~Fx         `$x  ~Fx 
"x Fx            `¹x Fx

Cette écriture relève les négations modifiés en jeu dans la formulation de Lacan. Les formules à droite ce sont abréviations de ce que nous pouvons défaire de la façon suivante :

On peut lire cette écriture en spécifiant la signification des caractères primitives qui apparaissent, tant de la LCC comme de la LM (voir appendice). Vous voyez que les formules entre parenthèse ce sont les mêmes qui figurent à coté gauche, mais la traduction dans cette logique modifié des formules à droite est un peu plus compliqué. Je ne peut pas vous commenter ces formules et non plus les interpréter en termes du modèle de la sexuation nous le ferons dans une autre occasion.

Merci pour votre attention.

Barcelona, 4. 05.2006

APPENDICE

Caractères primitives de la Logique canonique classique et de la logique modifié[4] 

Ø,   functor monadique de la négation classique, se lit en les confondant les deux : « non » et « il est     faux que… »

~,    functor monadique de la première négation modifiée, se lit « non »

-,     functor monadique de la deuxième négation modifiée, se lit : « il est faux que… »

La négation classique se dédouble en deux négations modifiées :

~

Ø

-

`        ,  functor monadique de la troisième négation modifiée, abréviateur proposée par Lacan.

on peut le traduire comme : `X : =  (-X Ù - ~ X)

ce qui se lit : Non (modifié) est égal par définition a : il est faux que X et il est faux que non X, et alors le valeur de vérité de `X est indécidable en termes de vrai ou faux.

Ù, functor diadique de la conjonction, se lit « et »

Þ, functor diadique de la implication, se lit « implique »

NOTES

[1] Je préfère ce terme que ceux de cure ou de guérison pour éviter tomber dans l’idéologie médical néfaste pour l’analyse du sujet.

[2] C’est important se référer au contexte de cette phrase :

« Le phallus est le signifiant privilégié de cette marque où la part du logos se conjoint à l’avènement du désir.»

On peut dire que ce signifiant est choisi comme le plus saillant de ce qu’on peut attraper dans le réel de la copulation sexuelle, comme aussi le plus symbolique au sens littéral (typographique) de ce terme, puisqu’il équivaut à la copule (logique). On peut dire aussi qu’il est par sa turgidité l’image du flux vital en tant qu’il passe dans la génération.»

Tous ces propos ne font encore que voiler le fait qu’il ne peut jouer son rôle que voilé, c’est à dire comme signe lui-même de la latence dont est frappé tout signifiable, dés lors qu’il est élevé (aufgehoben) à la fonction de signifiant. » (Les cursives sont à moi)

[3] Frege est le fondateur de la philosophie du langage dans son sens moderne. Avec ce concept Frege a rompu avec la théorie de la connaissance classique cartésienne qui donne la prévalence à l’analyse des concepts, pour la donner à l’examen du signifié de l’expression signifiant des concepts. Ceci pose deux éléments capitales : 1) la proposition [comme énoncé avec un sens] va jouer un rôle central comme molécule signifiante : « le nom seulement a signifié dans la connexion avec d’autres dans une proposition » ; 2) la notion de vérité subi un changement majeur. On peut reconnaître l’importance de la notion de vérité pour tout théorie du signifiant, mais par opposition au réalisme pour lequel les conditions de vérité d’un énoncé sont objectivement indépendants du sujet, nous sommes, pour ainsi dire anti-réalistes, ce qu’il ne faut pas confondre avec l’idéalisme. Anti-réalisme ici ça veut dire objectalité par opposition à objectivité, matérialité du signifiant par opposition au matérialité de la substance, c’est à dire le signifié et le valeur de vérité de nôtres propositions dans un discours dépendent des conditions de leur usage. Il est nécessaire donc de connaître ces conditions d’usage, c’est à dire l’effet sujet des signifiants propositionnelles. L’usage du langage comporte un au-delà du calcul, donc le langage est un calcul interprété et ça fait nécessaire un interprétant, c’est tout la différence entre les signes et les signifiants, que Lacan définit comme ce qui représente un sujet pour un autre signifiant. Le calcul devient propositionnelle.

Une fonction nous remette à l’idée de dépendance fonctionnel entre deux variables. On n’arrive pas à la notion moderne de fonction mathématique jusqu'à le siècle XVII avec Descartes et Leibniz, qui ont parlé d’équations fonctionnelles, malgré que la notation F (x) qui en est une généralisation de ces équations est introduit par Leonhard Euler à 1734, et c’est Lagrange qui fait une première systématisation avec la publication de son livre : Théorie des fonctions analytiques (1797). On définit fonction au rapport entre deux ou plus variables, dont leur rapport est constant. Une fonction est un rapport formulable entre variables. Le déplacement de cette notion mathématique à la logique nous la devons a Frege. Une fonction est propositionnelle si les valeurs de l’argument ce sont des propositions. Posons la proposition x est humain. Nous pouvons la dénoter fonctionnellement comme H (x), et nous pouvons dire si cette proposition est vrai ou fausse si nous assignons un valeur à x. par exemple un quelconque de vous fait vrai cette proposition je pense. Mais un fonction induit une activité ou opération.

[4] Je veux remercier Jean-Michel Vappereau sans lequel ces idées n’auraient put surgit, ce que ne veut pas dire qu’il serait d’accord avec ce que je propos ici qui est ouvert à la modification.