GALERIE
SIT DOWN
Du
8 mars au 28 avril 2007
4
rue Sainte-Anastase, 75003 Paris
Tel :
01 42 78 08 07
www.sitdown.fr
A l’origine de ce projet, il y a
cette formule de Freud « Que veut la
femme ? » « Was will das Weib »,
comme une invitation à explorer le champ du désir féminin, aborder la question
de l’identité féminine, du regard masculin et à interroger les préjugés relatifs
au sexe et au genre féminin.
Les photographies sont une série de
portraits de la féminité, état des lieux et variations sur la beauté, les
attitudes et les demandes féminines. La femme regarde, photographie et elle est
regardée, photographiée. Il s’agit aussi de théâtre, la mise en scène en sera
italienne - Venise, Naples, Rome avec ses ruines et ses rues –et espagnole, à
Séville. Invention de certaines situations qui sont autant d’amorces de récit,
ces photographies ne racontent pas une histoire mais plusieurs histoires
différentes, même si parfois celles-ci se recoupent. Il s’agit de se placer dans
un imaginaire poétique, plastique mais aussi social, une exploration à travers
ces multiplicités de fictions qui touchent à certains stéréotypes issus de
l’imaginaire social que la société fabrique autour de la femme, avec plusieurs
facettes, parfois drôles, parfois plus sombres, ou plus ambivalentes sombres et
drôles à la fois.
Construite à partir de
représentations évoluant au cours de l’histoire, l’image de la féminité trouve
une expression particulièrement saisissante dans la photographie. Mais la
variabilité de cette figure féminine n’est pas qu’un simple produit de
l’histoire, ou du contexte social et culturel du moment. Effet de mode, sans
doute, mais une mode dont on peut retracer derrière les évolutions et les
mutations, telles qu’elles semblent contraindre les corps à se plier à sa seule
contingence, des permanences qui justement échappent à la mode et à ses
processus comme elles échappent également à ses supports ou à ses destinataires.
Car une femme qui vient représenter « la »
femme en lui servant de modèle, celle qui lui offre son corps,
sa silhouette et ses émotions n’est finalement là
que pour mieux disparaître, s’évanouir au profit de
cette autre chose qui dépasserait toutes les possibilités
d’évolution du corps. Vouée à perdre sa
valeur emblématique dès que l’usage collectif
voudra que le modèle ne corresponde plus aux attentes du moment,
l’image prototypique de la féminité un temps
incarnée dans ce modèle cédera sa place à
une nouvelle figure sensée enfin la saisir dans sa
totalité.
Cette fixation de l’image ne parvient
donc pas à saisir la complétude de la féminité. Les corps qui s’y succèdent
traduisent cet impossible mais ils laissent également percevoir que derrière
l’éphémère une permanence subsiste, celle là même qui s’incarnera de nouveau
incomplètement. Le paradoxe photographique se situe peut-être là, fixer
l’éphémère de la femme pour atteindre la permanence de la féminité.
Comment dès lors les femmes
elles-mêmes, en tant qu’elles furent également prisonnières des modèles de
représentation qui les entouraient, ont-elles tenté de s’extraire de ce destin
pour fixer une autre figure, construire une nouvelle image de la femme et des
femmes pour atteindre enfin la féminité. Une image qui, en tant qu’elle
proviendrait du regard de la femme sur elle-même, même au travers d’un modèle,
échapperait à la logique de la série évolutive, de la succession des
représentations dont le défilement estompe nécessairement l’unicité de chacune.
Mais est-ce que la féminité ne pourrait-elle donc émerger que du regard d’une
femme photographe, précisément parce qu’elle, au moins, ne saurait sacrifier le
support qui par ailleurs la constitue. Ce faisant, la quête de la féminité s’en
trouve renforcée, dans d’autres constructions, avec d’autres attentes, d’autres
objectifs, en traquant non plus seulement le fantasme masculin, mais la réalité
de la condition de celles auxquelles l’artiste appartient.
C’est
cette appartenance commune liant l’artiste à son
modèle, car c’est d’une intériorité
que le regard prétend se poser, qui accorderait
l’autorité, mais également la neutralité ou
la bienveillance, que l’extériorité masculine,
suspecte dans ses attentes à l’égard des femmes, ne
pourrait garantir. Construite par des femmes, avec des femmes, est-ce
que la féminité se révèlerait alors dans
toute sa réalité, dissipant enfin le mystère. Mais
en fait, il n’est pas certain que l’appartenance soit si
commune, il n’est pas certain que la frontière qui
sépare l’artiste de son modèle disparaisse parce
que toutes deux partagent ailleurs une même condition
générale. Pourtant, l’argument fonctionne, la
construction se présente avec la force de
l’empiricité et nous permet de penser qu’une femme
photographe traduirait sans doute mieux la féminité.
Certes, les femmes qu’elles fixent sur leurs pellicules ne sont
pas les mêmes : les corps, les émotions, les
expressions, les silhouettes, sont souvent différentes et
pourtant n’est-ce pas là encore une figure de
l’évanouissement perpétuel du modèle, au
gré des mondes dans un cas, au gré des aspirations
d’appartenance dans l’autre. La féminité
quant à elle ne s’y résorberait justement pas, et
c’est justement dans ces images contrastées de femmes que
la féminité se révèlera encore introuvable.
V.M
Vannina Micheli est psychanalyste,
Docteur en philosophie, psychiatre de formation, elle s’interroge sur les enjeux
psychanalytiques des images contemporaines dans les arts
visuels.
Contact :
http://www.vanninamichelirechtman.net/