Science et discours religieux
Adnan Houbballah
On peut se demander qu'elle est l'origine de cette force qui a envahi l'homme
primitif et l'a prupulsé pour se jeter sur un rocher et se mettre
à creuser afin d'extraire une figure quelconque. Devenue Totem il
se met à l'adorer et à le craindre en même temps, il
se voue à sa fidélité et engage tous les membres de
sa horde à s'identifier à son nom comme sacré. Une dette
est déjà contactée, engage chaque membre à lui
présenter un sacrifice.
La naissance de cette première religion est-elle une nécessité
vitale et existentielle?
Une question qui ne cesse de se pose d'autant que la violence fait rage aujourd'hui
au nom d'une religion.
L'homme primitif certes, a pris conscience de la béance qui le sépare
du monde.
Devant la violence naturelle et les dangers divers, la protection même
imaginaire est devenue une nécessite vitale afin de contenir une angoisse
de plus en plus envahissante.
Cette interprétation dite naturelle, ne tient pas compte du registre
culturel qui distingue l'homme de l'animal.
Freud hanté par la causalité a essayé à travers
son livre célèbre Totem et Tabou de donner une interprétation
analytique sur l'origine de l'humanité dont la religion représente
la première forme sociale. Mais cette lecture freudienne s'est heurté
a une difficulté majeur, s'il y a meurtre du père comme il
le proposait, il faut imaginer que se père préexistait à
son meurtre, donc il existait déjà en tant que tel dans une
structure familiale autrement dit le langage faisait circuler son nom et
nommait les objets interdits. Les critiques venues de la part des anthropologues
- Lévi-Strauss en tête – se demandent comment peut-on penser
la cause, si on tient à l'hypothèse comme quoi l'homme dans
son existence fait suite à la cause. Alors renverser l'ordre pour
mettre l'existence en avant, afin de penser la cause après, s'avère
une opération impossible .De même pour la scène primitive,
on ne peut jamais l'imaginer, sans que nous soyons exclus.
Le premier souci de l'homme ne se limitait pas seulement à créer
le Totem pour des besoins de protection, mais surtout de créer un
Autre qui lui permet de s'inscrire dans son champ en tant que "Un".
Cette passion de l' "Un", on la trouve dominante dans toutes les religions.
Sa non reconnaissance dans ce lieu de l'Autre engendre fatalement une violence
car entre le néant et cette violence; l'être préfère
la prescription identitaire post-mortum en tant que "Chahid" que de survivre
sans identité.
Ce premier geste de l'homme pour creuser et extraire un Totem, représente
la première entrée de l'homme dans le monde de la culture .Car
sans ce trait unaire qui s'inscrit dans le champ de l'Autre, il n'y aura
pas de culture. Ce trait unaire a été bien formulé par
Sadra [Philosophe musulman du 16 siècle]. Ce "Un" {Elnafs} qui trouve
sa complétude dans le corps, est l'origine du multiple, comme aussi
le nombre quelque soit son chiffre indique par voie rétroactif le
"Un" indépassable, sinon il n'y aura pas des multiples. De même
pour Ebn Arabie; qui considère le numéro 3 comme le premier
nombre, donc ce "Un" distinctif unaire, est une causalité religieuse
avant que la psychanalyse ne soit arrivée à sa découverte.
La mise en valeur comme fonction incontournable dans toute relation humaine,
revient à Moïse au Mout de Sinaï, lorsqu'il se proclame
lui et son peuple, appartenant à un Dieu unique. Un Dieu qui dépasse
tous les autres visibles, ou spéculaires. C'est un tournant de l'histoire:
car ce Dieu qui se définit comme non spéculaire, tout en étant
présent partout, il est à la fois extérieur et intérieur.
Max Weber trouve dans ce tournant historique le premier pas pour la demythelogisation
du monde. On ramène non seulement la pluralité à
l'un mais aussi le franchissement du rituel religieux pour accéder
a une foie inébranlable nouée avec l'existence même.
Dieu désormais occupe la place du grand Autre à lequel rien
ne manque.
L'homme ne trouve sa place dans cet Autre que pour la soumission totale et
dans la fidélité absolue. La toute puissance divine vient palier
à la détresse de l'homme, et la complétude à
la décomplétude, même lorsqu'on dit que Dieu a créé
l'homme à son image, c'est la passion de l'Un qui surgit comme trait
unaire irréductible et indivisible.
Toutes les religions quelque soit sa modalité, sa performation spirituelle,
ou ses dogmes se convergent vers cette rencontre avec l'Un avec lequel le
croyant aboutit a l'identification spirituel [l'expérience de sophiste
à cet égard est tout a fait illustrative] – voir El Hallay
– Dieu c'est moi-même, et moi-même c'est Dieu, disait-il dans
sa dernière transe.
Ce rapport à Dieu, à la religion est tout a fait structural.
Il ressurgit a chaque fois q'une autorité essaye de le réprimer
ou de le refouler [Echec du régime soviétique et de certains
pays laïcs- Turquie].
La science avec toutes ses découvertes est devenue un sujet de rivalité
avec le sujet de la religion, non seulement elle a achevé la demytholagisation
du monde, elle a aussi demontelé toute croyance fondée sur
une structure imaginaire [Tel que la genèse, la vie au delà,
le concept de l âme, de l'esprit, les anges pour déduire à
la fin que le ciel est vide].
L'école de Helmholtz à laquelle Freud et Breuer appartenaient,
avait réduit la vie a un processus biochimique, une fois arrêté
la vie s'arrête, et rien de plus.
La psychanalyse s'inscrit dans le champ de la science. Faut-il à partir
de cette déduction que la psychanalyse se limite dans sa transmission
aux pays où la science est dominante?
Dans ce cas le sujet de la psychanalyse en tant que sujet du discours, risque
de perdre son universalité, et devient par conséquent une nouvelle
religion qui rentre en rivalité avec les autres.
Lacan conscient de cet état des choses, a dit au cours du congrès
du Rome en 1974, que la psychanalyse serra refoulée comme un symptôme,
et la religion triomphera.
Cela n'empêche pas qu'il y a un retour du refoulé, ajoute-t-il.
Dans cette formule Lacanienne, on trouve que l'apparition de la psychanalyse
est tributaire du sujet de la science.
Si on suit l'évolution de la pensée au 19 siècle, on
trouve que la religion recule là où le sujet de la science
avance.
Dans cette béance qui se creuse entre le sujet de la science et le
sujet de la religion, la psychanalyse émerge à partir de la
découverte du sujet de l'inconscient.
Le risque est grand pour la psychanalyse de devenir une nouvelle religion
comme substitut de la première.
Comme aussi pour la science de devenir à son tour une religion Cartesime.
Il faut voir le nombre des sectes développées partout [scientologie]
et qui se rivalisent pour occuper cette place vacante. De même la poussée
extrémiste terroriste quitte à passer par la violence pour
défendre leur religion.
Il y a une chose qu'on oublie que la religion porte en elle-même
une identité existentielle surtout pour les musulmans, et encore plus
pour les Juifs [Freud n'a jamais renoncé à son identité
Juif même en étant un mauvais Juif comme il répétait].
Nous savons que Lacan n'a jamais cessé de faire référence
aux pères de l'église, à la bible afin de dégager
un signifiant nouveau pour se démarquer de la religion. C'est aussi
lorsqu'il a construit le montage du concept de l'Autre et du petit "a" et
du S1- S2, afin de dégager l'émergence du sujet, il s'est appuyé
sur l'expérience des théologiens.
Mais pour lever toute confusion il a fait savoir que le grand Autre analytique
n'est pas le même que celui de la religion.
Le premier est troué, barré tout en indiquant "vous savez q'
il n'existe pas", alors que le deuxième est totale complet autosuffisant,
et n'accepte aucun manque, voire plus, tout ce qui peut mettre en doute la
complétude divine touche au sacré et par conséquent
refusé et considéré comme blasphématoire.
De ce fait le paradoxe Lacanien se retrouve dissipé si on tient compte
que là où il n'y a pas un sujet de la science la psychanalyse
ne peut pas s'autoriser, car elle touche au fondement de l'être.
Si la religion est dominante, l'être en question serait incluse dans
le dogme, de même lorsqu'une population est dominée par une
idéologie totalitaire, l'advenue du sujet est déjà déterminé
par à l'appareil du pouvoir.
Sur le terrain, nous constatons que les pays musulmans qui sont sous la dominance
du discours religieux, [la religion de l'état] la psychanalyse n'a
pas sa place voire même expulsé, l'état préfère
le behavioriste, car celui-ci comme pratique sépare entre intérieur
et extérieur et ne touche pas aux dogmes.
Le paradoxe apparaît quelquefois: comment se fait-il que certains pays
sont dotés d'une haute technologie scientifique tel que le Japon et
la Chine et ne sont pas accessible au discours analytique?
D'abord il ne faut pas confondre la haute technologie avec le sujet de la
science.
Un premier ministre japonais avait dit dans les années 70: nous imitons
les occidentaux dans un premier temps et ils nous imiterions dans un deuxième
temps. La question se situe au niveau du sujet cartésien. Ce sujet
se déduit de sa pensée, et à laquelle il doit son existence,
c'est une opération chirurgicale qui effectue une coupure entre l'existence
de l'être et le pouvoir devin. Désormais il engendre lui-même
par sa pensée.
C'est grâce à cette exclusion du sujet cartésien que
certains pays ont trouvé une cohabitation entre la religion et la
science réduite à son développement technique. De se
fait ils sont à l'abri des retombés du sujet de la science
et de la psychanalyse en même temps.