Séminaire du samedi 9 juin à 17h :
SILVIA LIPPI
Espaces discordants, amours déséquilibrés
L’art de sculpter, c’est l’art de couper les volumes : et cette destruction, cette « coupure » de l’espace originaire ―totalité mythique et parfaite― qu’est la matière à l’état brut, est l’acte originaire de la création (poiesis), acte qui marque la jonction entre la matière qui prend forme (les figures, les représentations…) et l’acte de l’artiste qui se détermine (son style de tailler la matière, sa façon de l’assembler, de lui faire prendre forme dans le nouvel espace crée par la coupure, etc.). Mais il manque encore un troisième élément : la signature marque l’acte du sujet, elle représente l’assemblage du corps et du nom dans l’œuvre. Et quand on dit nom, on dit nom du père, symbole, inscription pour le sujet d’un amour qui est à la fois structurant et malheureux. Pour Camille Claudel, ces éléments ―espace, sculpture, nom, amour et père― se combinent d’une manière inattendue, différente et tellement spéciale qu’ils forment, ils « construisent » l’artiste exceptionnelle que tout le monde connaît en même temps que la femme éprouvée, déçue et délaissée par l’amour, l’art et la vie même. Essayer de comprendre la manière dont espace, sculpture, nom, amour et père se nouent entre eux, s’affrontent et se fixent, constitue mon projet de recherche au sujet de la vie et de l’œuvre de Camille Claudel.
Silvia Lippi
Faculté Libre de Théologie Protestante, 83 bd Arago
75014 Paris (Salle 4)