FONDATION EUROPÉENNE POUR LA PSYCHANALYSE

VIIe CONGRÈS

París, 2, 3, 4 novembre 2007

La psychanalyse et la question du sexe


Sexuation et néo-feminisme

Juan BAUZÁ




Le bien a ses racines dans le mal, car le mal est la cause du développement des talents d’où est venu ensuite tout le bien. Nous arrivons maintenant sur un cas où se présentent à nos yeux un bon nombre d’imperfections apparentes: il s’agit là de l’examen de la différence entre les deux sexes.

[...] étant donné que le sexe féminin ne possède pas autant de force que le masculine et doit néanmoins produire autant d’effet que celui-ci, [...] la nature aura donné plus d’art au sexe féminin.

(KANT, “Sur la différence des sexes”1)


En guise d’introduction


La citation que j’ai mise en exergue est un passage d’un texte de Kant: “Sur la différence des sexes”, que je vous encourage à connaître et à lire. Ce texte peut nous servir comme point de départ pour aborder la question du sexe aujourd’hui, l’idéologie qui se manifeste là montre les restes illustrés encore très vivants et prévalents à notre époque, disons le naturalisme et l’essentialisme, par rapport à la différence des sexes. Comme s’il s’agissait d’un symptôme, nous pouvons partir d’ici pour en faire un analyse critique qui peut-être va nous permettre d’avancer dans notre champ: la psychanalyse vraie –comme nous disait Lacan il y a presque 50 ans à Barcelone- par opposition a la fausse2 dans son traitement de la chose sexuelle. Progression qui contribue à l’émergence et à la libération du sujet.

Quel est l’objet paradoxal de la psychanalyse? Un sujet-objet de l’inconscient, qu’il faut apprendre à écouter et à lire, otage du langage qui le fait sujet, langage qui se rend manifeste dans la parole et dans l’écriture, qui nécessite le phonème et la lettre, le son et le sens –comme dit M. Jakobson- dans ses leçons sur le son et le sens3. Il faut un bon usage de la parole, le bien dire dont Lacan nous parle, et une écriture convenable, ce qui passe pour une formalisation appropriée, pour lire, pour écouter le sujet qui nous intéresse: le “sujet enfin en question”, en accord avec ce texte dont Lacan prologue en 1966 son écrit programmatique sur “Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse”4.

Qu’est-ce que nous empêche donc d’écouter, de lire notre sujet? Nos préjudices moïques, et en particulier ce que j’ai résumé en deux termes qui peuvent opérer comme autant des résistances de l’analyste: naturalisme biologisant5 et essentialisme substantialisant6. Le premier rend compte du domaine du biologisme quand il est question du sexe, le second du psychologisme surmoïque, idéologie en cachette, qui se réfère a une supposée normalité, normativité faudrait-il dire, ou à la santé mentale, en accord avec qui, avec quoi?

Le sujet n’est pas seulement inconscient, comme le montre la psychanalyse, il est aussi sexuel: la libido, la pulsion, le désir, le narcissisme, l’amour de soi-même et l’amour de l’autre, la jouissance conforment l’essentiel de leur vie. L’inconscient et la sexualité constituent à la fois les résistances à la psychanalyse, la résistance de la psychanalyse pour toujours.

Le ratage du sexuel dans le sujet qui se produit de et par structure fait symptôme. Comme nous dit Freud: “Les symptômes sont la participation sexuelle (die sexualbetätigung) des névrosés” ; ou encore, dans Inhibition, symptôme et angoisse, nous pouvons lire: “Le symptôme serait le signe et le substitut [nous dirions le signifiant] d’une satisfaction pulsionnelle qui n’a pas eu lieu, comme résultat d’un processus de refoulement”, et c’est ce symptôme, dans la mesure où il embête le sujet, qui peut donner lieu à la rencontre avec un psychanalyste, et faire de lui un analysant de son symptôme. Lacan empruntera la notion de symptôme à Marx, que nous pouvons définir comme la survivance d’un ancien système de fonctionnement ou de production dans un nouveau système qui demanderait un nouveau mode de fonctionnement pour satisfaire ses besoins. Aussi Lacan le définit dans le texte cité comme : “le retour de la vérité dans la faille d’un savoir, [...] une vérité d’une autre référence que ce, représentation ou pas, dont elle vient troubler le bel ordre”7. L’analyse portera l’analysant à être conscient de sa misérable vie sexuelle, dans le sens élargi où l’entend la psychanalyse, forclose, refoulée, déniée, et, à partir de la reconnaissance de son désir à lui, et de se faire responsable d’une cause dont il n’est pas l’agent ni le patient, à se confronter avec la différence des sexes, la différence sexuelle et peut-être il pourra se mettre à en faire quelque chose avec ça, selon l’impératif analytique: Wo Es war, soll Ich werden.


C’est justement la confrontation avec la différence des sexes qui produit la rencontre et la confluence ou la confrontation entre la psychanalyse et féminisme.


Malgré que je critique certaines appropriations de la psychanalyse [...] je relève aussi le caractère central de celle-là pour tout projet qui essai d’entendre les projets d’émancipation autant dans ses dimensions psychiques comme sociales.


il nous dit, par exemple, Judith Butler, sûrement une des théoriciennes néo- ou post-féministes les plus distinguées dans l’actualité.

Qu’est-ce qu’ils peuvent apprendre l’un de l’autre, s’ils arrivent à faire de cette confrontation une approche dialectique à la vérité de leur sujet-objet? C’est la question sur laquelle je voudrais apporter quelque chose lors de ce Congrès.


Sexuation et identité sexuelle du sujet dans la psychanalyse et dans le féminisme. La suppression du sujet dans la classe universelle


L’importance de l’identité sexuelle du sujet, plus ou moins souple ou figée, qui se manifeste tout au long de leur ex-sistence, est une des découvertes les majeurs de la psychanalyse. La première systématisation théorique, révisée en successives éditions depuis 1905 jusqu’à 1923, que Freud formule dans ses Trois essais pour une théorie de la sexualité, pourrait être le complément de Contributions à la psychologie de la vie amoureuse, de l’article sur “L’organisation génitale infantile” (1923) et des divers articles qui concernent la sexualité sous ses divers aspects. Cette théorisation d’une expérience, Freud la fonde à partir des résultats de l’application de sa méthode psychanalytique, que la valeur de la théorie ne devrait pas la déplacer en tant que fondatrice.

Cette identité sexuelle plus ou moins ouverte aux avatars d’une existence ou d’un destin, caractérise un aspect fondamental du sujet, de leur économie adéquate en dépend en bonne partie un passage plus ou moins heureux sur la Terre. Dans cette identité obtenue à travers un processus que Lacan appellera « sexuation du sujet », les notions de sexe et de genre et leur conceptualisation se révèlent comme cruciales. Et, facilement on peut tomber, dans sa théorisation, sur une idéologie qui confonde valeurs questionnables, que nous pouvons rapporter sur une logique phallique, avec une réalité “naturelle” ou “objective”, que sous prétexte de scientificité, c’est à dire de a-historicité, leurs tenants voudraient imposer au sujet. Ce sujet serait comme ça nié dans son être de et par ces mêmes valeurs, qui opèrent comme des idéaux abstracts, dont la réalisation promet le bonheur, ce qui ne résout pas le problème ou le conflit sexuel, et ne contribue pas non plus, en ce sens, à pallier le malaise dans la civilisation.

D’un point de vue psychanalytique, l’évolution ou le progrès culturels nous pouvons les relier au cadre ou aux conditions culturelles qui facilitent une libération soutenable de la sexualité et du désir sexuel, et avec elle, peuvent contribuer au bien-être possible dans la relation sociale qui promeut ou porte cette culture. En ce sens la psychanalyse se pose comme une marque de civilisation qui peut contribuer a cette libération sexuelle, du désir, et aussi, j’espère, à une culture plus pacifique.

Dans cette libération sexuelle, le nommé mouvement féministe a joué un rôle majeur.

Le féminisme et la psychanalyse ont déjà une longue histoire que je ne vais pas reprendre ici et dont vous pouvez vous renseigner dans d’autres lieux, et dans l’espace actuel, ils sont loin d’être un tour d’horizon homogène. Ni “féminisme”, ni “psychanalyse” comme signifiants peuvent être utilisées aujourd’hui dans un sens univoque. Mais si dans les deux cas le panorama est complexe, il y a une certaine logique et peuvent être à peu près cartographiés. D’une façon très synthétique, nous pouvons parler d’un féminisme revendicateur de l’égalité, fondé sur les principes de l’Illustration qu’on voulait étendre à tout le genre humain et pas seulement à la moitié homme. Ce premier féminisme s’achève, en quelque sorte, dans le livre de Simone de Beauvoir sur Le deuxième sexe8, qui à la fois inaugure un autre féminisme, le féminisme de la différence, où on revendique quelque chose comme une essence féminine différentielle de la masculine et qu’il faut reprendre comme « sujet féminin », essence de femme. Il s’agit d’un féminisme enraciné chez quelques auteurs dans les années 70, et qui a ses représentantes dans Luce Irigaray, Julia Kristeva, Hélène Cixous, et qui prétend se fonder d’une façon critique sur les découvertes analytiques. Enfin avec la théorie queer nous pouvons parler d’un néo-féminisme ou d’un post-féminisme qui a son point de départ à la fin des années 80 et qui revendique une singularité sexuelle qui veut surmonter le dualisme manichéen et hiérarchique dans la différence des sexes et avec lui l’hétérosexualité normative. Celui-là invite à écouter la chose sexuelle chez le sujet au-delà des préjudices qui s’en découlent de la matrice binaire hétérosexuelle et normative. La position des analystes n’est pas parfois loin de ce mouvement, et nous en trouvons les représentants dans l’histoire de la psychanalyse: Freud lui-même, Karen Horney, Ernest Jones, M. Klein, Stoller, Lacan, Juliette Mitchell, Luce Irigaray, M. Safouan, etc., dans un tour d’horizon confus.

Dans un certain moment de son histoire, le féminisme se réunit avec la psychanalyse et avec une position critique: par exemple, l’idée que la théorie psychanalytique supporterait, ou contribuerait à supporter, à partir d’un phallocentrisme questionnable, des valeurs patriarcales obsolètes, qui seraient en contradiction avec la libération sexuelle ou du sexuel du sujet en question, sans poser que ceci pourrait être mis en correspondance avec un mauvais usage de la méthode analytique ou avec une théorisation conditionnée pour des valeurs qui ne sont pas bien résolues chez les auteurs psychanalystes, et tantôt en dehors de la méthode proprement analytique. La femme, par exemple, elle a représenté et représente dans un certain sens le sujet de l’inconscient, au-delà du fait qu’elle est, comme l’homme, sujet de l’inconscient, l’Autre de l’autre, elle le représente, mais elle ne l’est pas, dans la mesure qu’elle constitue le négatif de l’homme, identifié avec la conscience rationnelle classique. Il s’agit de représentants, ce que bien sûr ne va pas sans conséquences pour ceux qui en sont les supports matériaux de ce qu’ils représentent. Il me semble nécessaire changer de registre et faire le passage de cette représentation imaginaire, de cette projection dans le social, à une écoute du sujet derrière cette masque, ce semblant.

Ce qu’on prétende universel (la femme, l’homme) détermine une classe à partir de ce que comme trait unaire on suppose appartenir à tous les éléments de l’ensemble que conforment la classe, mais qu’on ne peut pas confondre avec le tout de chacun des éléments que fondent l’ensemble comme une classe, c’est justement ce qui est exclu du singulier dans chaque universalisation du sujet, qui est l’opération inhérente au signifiant. Encore cette opération de réduction nous pourrions l’amplifier si nous passons à la logique en excluant toute signification des termes, ce que nous pourrions symboliser synthétiquement avec la formule par laquelle on institue la logique classique a laquelle se rapporte la Science comme son fondement et dans laquelle avec l’introduction du principe d’identité qui rend le signifiant équivalent à soi-même ou qui réduit leur signification à une correspondance biunivoque et universel, à un signe (au sens de la cellule saussurienne), exclue ou forclose dans la même opération le sujet que le signifiant représente pour un autre signifiant, ce que fait de la Science –comme nous dira Lacan- “une idéologie de la suppression du sujet”9


$ => S; ¬ (S  S) => S = S => ¬ $


C’est de la restitution du sujet exclu de la Science qui fait symptôme en lui, entendu comme retour de la vérité dans les failles d’un savoir, ce que l’analyse prétende, c’est-à-dire la restitution du sujet de la Science, objet de la praxis psychanalytique.10


La théorie critique féministe


Pour le féminisme moderne, nous devons remonter au rationalisme illustré et à ses valeurs. En effet une des premières élaborations de la pensée féministe est enracinée dans l’Illustration; un second moment historique se produit autour du mouvement « suffragette » au début du XXème siècle; finalement il faut se référer a la révolution féministe qui commence aux années 70, précédée par diverses évènements, en particulier, la publication de Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, un classique indispensable, quoique certainement dépassée sous plusieurs aspects. Le travail de S. de Beauvoir a bien servi comme utile clef pour démanteler le système de genres et leur usage machiste contre les femmes. Mais il a consolidé à la fois une nouvelle catégorie ontologique, “La femme” ou “les femmes”, liées par une espèce de essence féminine qui n’était pas mis en question dans ses traits et valeurs. Après il y aura ce qu’on a dénommé le mouvement post-féministe ou néo-féministe au début des années 90, fruit de la dénaturalisation et de la de-essentialisation des notions de “sexe” et de “genre”, qui assimilaient les notions de “homme” et de “femme” a la matrice hétérosexuel dans le sein de la famille monogame, qui se présentait avec une valeur normative ou salutaire avec la conséquente négation ou pathologisation de ses “détournements”.

Mary Wollstonecraft, auteur de La revendication des droits de la femme11, que nous pouvons considérer comme l’acte fondateur du féminisme; Olympe de Gouges, auteur d’une Déclaration des Droits de la femme et de la Citoyenne (1791)12, François Poulain de la Barre, auteur du De l‘égalité des deux sexes. Discours physique et morale où on voit l’importance de se défaire des préjugés (1673)13, ou son texte sur L’Éducation des dames (1674)14 : il s’agit peut-être des textes les plus importants arrachés à la première époque. Poulain, cartésien avec le souci d’étendre le “bon sens” de Descartes à tous les sujets sans distinction de sexe et avec une capacité philosophique, dénonçant une Illustration que malgré ses déclarations universelles cachait son caractère patriarcal et misogyne. A la fois plusieurs écrits féministes, avec le style des Cahiers de Doléances, exposaient la situation d’oppression et discrimination de la femme.

Au début du XXème siècle le féminisme va se radicaliser politiquement comme réponse à des positions de plus en plus conservatrices du libéralisme, et, néanmoins, après les revendications suffragettes va se produire un importante pente du féminisme dès les années 20 jusqu’à les années 60, dans lesquelles le féminisme resurgit avec une renouvelée force théorique et politique. Arrivera alors un nouveau féminisme nord-américain de type libéral, dont une de ses représentantes majeurs est Betty Friedan, avec son livre sur la Mystique de la féminité15. Nous pouvons parler aussi de mystification de la féminité, inauguration de ce néo-féminisme auquel je me réfère ici et qui dénonce cet étrange malaise, innominé et innommable qui sentaient et sentent autant de femmes, produit du mécanisme répressif qui préconise la réclusion de la maîtresse de maison américaine dans son foyer, après sa sortie à cause de la guerre, la Seconde Guerre Mondial, et s’être incorporée activement aux plusieurs aspects productifs de l’économie nationale. A la fin des années 60, coexistent déjà aux EEUU différentes orientations politiques dans le nouvel espace féministe. Nous trouvons un féminisme radical, qui a comme principaux représentants Kate Millet (Politique sexuelle16) ou Shulamith Firestone (Dialectique du sexe17. Millet, dans son oeuvre, remarque qu’être maîtresse de maison n’est pas une question naturelle ou biologique, mais surtout politique et qu’elle doit être soumise à débat publique. Firestone de sa part se fonde sur le freudo-marxisme.

Dans la grand diversité qu’à ce moment conforme le féminisme, avec le terme de néo-féminisme que figure dans le titre de cet article, je me réfère à ceux qui ont leur origine dans le mouvement queer, qui donneront lieu à une élaboration théorique nommée queer theorie, naissant de la confluence de plusieurs crises sociales, politiques et intellectuelles qui se produisent entre 1970 et 1990. Une série d’auteurs lesbiennes vont s’engager dans une critique radical du discours hétéro-centré et binaire, du type + / -, et de la notion de femme. Cela provoquera une révolution épistémologique dans l’analyse du dispositif sexe/genre et dans la critique de la matrice hétérosexuelle normative. La romancière et théoricienne féministe lesbienne Monique Wittig avait publié en 1973 Le corps lesbien18, où d’une façon poétique, elle décrit les organes internes et externes du corps de la femme et de ses fluides corporels par rapport à son expression sexuelle dans un style narratif jusqu’alors inédit au panorama littéraire, et qui constitue un défi dans la représentation habituelle de la femme dans la littérature et dans la culture. Elle publia par la suite une série d’articles rassemblés dans son livre The straight mind and other essays19 (1992) où elle met en relief la dimension politique de l’hétérosexualité:


L’idéologie de la différence sexuelle opère dans notre culture comme une censure, étant donné qu’elle recèle l’opposition qu’il existe dans le plan social entre les hommes et les femmes sous une causalité naturelle, quand les catégories de masculin/féminine, male/femelle dépendent de différences d’ordre [...] idéologique. (op. cit., 22)


M. Wittig questionnera la distinction féministe habituelle entre sexe biologique et genre social: pour elle le sexe anatomique (mâle/femelle) et le genre (masculine/féminin) sont des catégories symboliques, associés à un valeur idéologique, produites par la société et qui sont au service d’un système qu’elle nomme “pensée hétéro-centré normative”, système qui produit une oppression sociale en fonction d’eux-mêmes. Cette critique suppose une véritable subversion du féminisme traditionnel, dans la mesure qu’il dénaturalise et déssentialise un critère fondamental de son discours: l’existence de “la femme”, qui ont encore défendu auteurs comme Cixous, Kristeva ou Irigaray. Pour Wittig:


La promotion de La Femme comme catégorie émancipatrice que produit des modèles d’identité et collectivise les femmes comme seuls sujets de la politique sexuelle, a des effets aussi coercitifs y normatifs [...] dans un féminisme excessivement unitaire dans leurs fondements et leurs fins. (op. cit., )


Au lieu de renvoyer le ‘sexe’ à des notions naturelles, biologiques, ou basées sur une différence ontologique, un sexe qui serait ‘déjà là’ comme une donnée préalable, le sexe est déjà une catégorie symbolique produite par le système qui fonde la société comme hétéro-normative. En ce sens, pour voir jusqu’à quel point le langage scientifique, supposé objectif, est plein de signifiants idéologiques, il suffit de penser à ce qui caractérise au niveau chromosomique-génétique le mâle et la femelle: la présence, respectivement, de XY et de XX. Sans considérer qu’il s’agit de l’écriture que d’habitude on utilise en mathématiques pour les inconnues ou les variables de l’argument ou fonctionnelles d’une fonction, on parle pour le chromosome Y du gène maître, indiquant que la féminité doit se concevoir comme la présence ou l’absence de masculinité, ou, dans le meilleur des cas, la présence d’une passivité que, dans les hommes, serait en permanence active. Ceci s’affirme dans un contexte de recherche dans lequel jamais on a suffisamment valorisé les contributions ovariennes actives pour la différence sexuelle. Quelle conclusion? Ce n’est pas vrai qu’on ne puisse pas faire des affirmations valides et démonstratives sur la détermination sexuelle, mais les suppositions sexuelles par rapport à la situation relative des hommes et des femmes -et la même relation binaire de genre- encadrent, conditionnent et centrent la recherche de la détermination sexuelle.

En 1975 l’anthropologue lesbienne Gayle Rubin publie un texte provocateur: “Le trafic des femmes. Notes sur l’économie politique du sexe”20, où pour la première fois on élabore la notion de “système sexe/genre” pour analyser le processus de fabrication de l’hétérosexualité. Rubin analyse de quelle manière s’impose une forme de sexualité “normale” sanctionnée positivement et qui se rend manifeste dans son expression comme hétérosexualité, couple, fidélité, etc. et comment cela opère en tant que censure mise au service du refoulement de la sexualité réelle et de son exclusion comme “mauvaise sexualité” ou sexualité anormale ou pathologique. Rubin montre ainsi un point de vue nouveau dans l’analyse des pratiques sexuelles. Au lieu de les interpréter dans des termes psychologiques différentiels ou psychanalytiques comme des perversions, elle analyse ces pratiques dans leur respectifs contextes historiques et culturels et dans leur signification pour la vie sexuelle du sujet. En 1984 elle publie un autre important article: “En réfléchissant sur le sexe: notes pour une théorie radicale de la sexualité”21, où dans un cadre rendu fameux, elle oppose un sexe “bon” à un sexe “mauvais”, séparés par une frontière. Le sexe bon est celui qui est qualifié comme sain, normal, naturel, salutaire, légal, politiquement correcte, sacré, lié au couple hétérosexuel, au ménage monogame reproductif, domestique. Le sexe mauvais: pathologique, anormal, antinaturel, nuisible, coupable, pervers, excentrique, illégal, punissable, politiquement incorrect, et dans lui on peut situer les travesties, transsexuelles, fétichistes, sadomasochistes, travailleurs du sexe par argent, intergénérationnelle, zoophile. Parmi eux une frontière où l’on situerait: couples hétérosexuelles non mariés ou hétérosexuelles promiscues, couples stables de gaies ou lesbiennes, relations masturbatoires.

Un autre auteur néo-féministe important est la journaliste et poète Adrienne Rich, qui publie : “Hétérosexualité obligatoire et existence lesbienne”22 où elle dénonce la situation de privilège qui suppose l’hétérosexualité, qualifiée comme « destin universel naturel », et qui recèle des différences dans la façon de vivre la propre sexualité qui revendique, et qui convient analyser, d’une façon intrinsèque par rapport à la satisfaction que procurent au sujet.

Teresa de Lauretis23 en 1991 utilise pour la première fois le nom de queer theorie, pour décrire ses objectifs principaux, parmi lesquels:


[...] articuler les termes pour lesquels les sexualités gaies et lesbiennes peuvent être comprises et imaginées comme modes de résistance à la homogénéisation culturelle, en s’opposant au discours dominante à travers d’autres dispositions du sujet culturel.


Cet auteur va travailler à partir d’un questionnement des sexes, des genres, et sur les sexualités comme quelque chose d’universalisable, stable et homogène, et d’une analyse des conséquences psychologiques, sociales et politiques de la hétérosexualité conçue comme le normal et l’obligatoire dans une personne saine et des processus d’exclusion des sexualités réales ou minoritaires.

Une des principales théoriciennes néo-féministes est Judith Butler24 laquelle récemment a donnée un séminaire à Barcelone avec un auditoire important qui, à mon avis, fait écho à la problématique réel du sexe. Butler nous intéresse, car elle fonde une bonne partie de son travail théorique sur une réélaboration de la philosophie post-structuraliste française, notamment des penseurs les plus critiques avec l’idée d’une identité stable du sujet et avec le discours métaphysique de l’essence naturelle, ainsi Foucault et son Histoire de la sexualité, J. Derrida de qui prendra la déconstruction pour développer son analyse du genre comme « performative » et l’absence d’un original dans la masculinité et la féminité. L’apport de Lacan a la critique du moi et du sujet cartésien et le questionnement du rapport sexuel comme impossibilité logique. De la même façon, Deleuze, lui sera utile pour décrire la résistance des corps à devenir “normales”.

Dans un de ses premiers livres, Le genre en dispute, il critique l’idée du féminisme traditionnel qui prend l’idée de “la femme” comme fondement, quand cette catégorie ne traduit pas aucune unité naturelle mais qui est une fiction régulatrice, à travers de laquelle on reproduit les liens normatifs entre sexe, genre et désir naturalisant l’hétérosexualité. Butler dénonce les dangers d’un féminisme essentialiste et les limitations de l’opposition hétérosexuel/homosexuel, critique qui s’appuie sur d’autres importants théoriciennes queer et représentant de ce néo-féminisme auquel je me réfère: Eve K. Sedgwick et son oeuvre Epistémologie de l’armoire25. Un autre néo-féministe de référence Beatriz Preciado et leur Manifeste contre-sexuel26.



Féminisme et psychanalyse


Le rapport entre féminisme et psychanalyse est souvent tendu. L’idée freudienne de la féminité, bien qu’il ait une complexité dont la compréhension nécessite les clés d’une analyse, peut en même temps faire partie sous quelque aspect très significatif de la misogynie romantique de Schopenhauer, et dans le même concept on peut encadrer de ce point de vue autres philosophes comme Hegel et Kierkegaard. La misogynie romantique peut se considérer comme un phénomène réactif aux virtualités émancipatrices des abstractions illustrées par les femmes, comme elles se sont manifestées pendant la Révolution française.

“Que veut une femme?” se demande Freud, alors qu’il faudrait d’abord lui dire: est-ce qu’il existe vraiment la classe: femme? Quels sont les traits d’une femme ? Second : que veut une femme? Laissez-la parler et écoutez. Est-ce qu’elle vous parlera de l’énigme de la nature de la féminité... comme s’il y avait une nature féminine non culturelle? Il serait comme si l’on se demandait (il y en a qui le font) : qu’est-ce qu’il veut un argentin ou qu’est qu’il veut un catalan? Ou bien on dit : « Est-ce que je veux une femme-femme? » C’est trop, mais comme femme réelle et singulière ne répond pas a la catégorie de “La femme”, alors une femme se présente comme une énigme pour elle-même, et de là on arrive à la mystification dont le narcissisme de quelque femme sûrement consent. Dans la mesure où : « Que veut une femme ? » ou « Qu’est-ce qu’une femme ? » est la question, cette femme concrète ne peut pas énoncer la question, se faire sujet de l’énonciation, et elle naturellement ne le sait pas.

Le néo-féminisme, malgré son intérêt, aboutit à divers problèmes qui ne se résolvent pas, par rapport à la psychanalyse:


1) Une théorie du sujet que confond ce sujet avec le moi, en retombant ainsi dans une ambiguïté sur le volontarisme de ce sujet, sa capacité de choisir et d’aller au delà d’un déterminisme qu’il ne maîtrise pas.

2) Une théorie du phallus confondu avec le pénis, et non une théorie du « signifiant du désir » et tout ce que cela implique: castration, Oedipe, fonction paternelle indépendante du genre. Il s’agit d’une lecture mythique et non structural comme celle que Lacan nous propose, au delà de l’Oedipe. L’Oedipe serait la première expression ou manifestation d’un problème structural lié a l’objet-sujet du désir, l’objet autre de cet objet-sujet du désir, lié au tiers arbitre et à leur fonction dans la triade, au phantasme du rapport sexuel, qui dénie l’impossibilité moyennant le détour de l’interdiction.

Développons-nous un peu cet idée: on dit que finalement on renonce à la mère comme objet sexuel parce que elle appartient au père (?), mais celle-là ne nous paraît pas la question: la mère n’appartient pas au père! mais la femme quand elle désire quelque chose, l’homme qu’elle désire et qui n’est pas son fils, cet homme opère ou peut opérer comme nom du père et accomplir la fonction paternelle ou la métaphore paternelle, en tant qu’il détache le fils de la mère (qui tombe comme signifiant de son désir: phallus, il ne l’est pas et il ne l’a pas pour elle) et ainsi elle le socialise en tant que l’oblige à reconnaître le désir de l’autre/Autre (représenté par la mère dans ce cas) et à la respecter comme ne correspondant pas au sien. Le complexe d’Oedipe traduit, à mon avis, le manque de civilisation à l’ordre du jour qui fait de l’autre un objet de leur propriété et pas comme un sujet désirant d’autre chose que lui-même et qu’on peut respecter. Nous pouvons parler comme ça de la métaphore du complexe d’Oedipe, dont la mère prendra la place de l’objet du désir et « le père » la place du tiers arbitre qui détient le phallus pour cet objet-sujet du désir et qui fait que l’enfant peut aller au delà de la mère dans son désir, c’est à dire, prendre en considération son objet du désir à la fois comme sujet de désir, désirant autre chose que lui-même, ce que l’obligera à sortir de son narcissisme désirant et prendre en considération l’autre, non seulement comme objet, mais comme sujet du désir, qui ne vise pas nécessairement à lui en contrepartie.

Cette considération du désir de l’autre au-delà du désir propre, me semble fondamentale pour une civilisation qui ne reste pas figée dans un état infantile, narcissique, oedipien, et de quelque façon sociopathique : cela introduit la sociabilité ou le respect de l’autre. Si on interprète le C.E. d’une façon élargie, comme un nom pour la triangulation du désir ou associée au désir, quelle est la forme que prend la triangulation? Doit-on présumer l’hétérosexualité? Peut-on la comprendre en-dehors de l’échange des femmes (en possession du père) et de la présupposition de l’échange hétérosexuel?

3) Une théorie de l’Autre qui le confond avec un autre institutionnel, l’Etat et leurs représentantes, en une projection sociale très commune de ce qu’est un Autre structural, cause du déterminisme inconscient.

4) Une théorie de la jouissance qui ne tient pas compte enfin de sa dépendance de l’objet a cause du désir.


Logique classique vs. logique modifiée


Le problème au-delà du naturalisme et du biologisme se rapporte à l’essentialisme inhérent à la logique des classes, qui engendre le psychologisme dans la façon d’aborder la différence sexuelle.

La logique qu’a sa première expression systématique chez Aristote et qui a dominé la logique jusqu’aujourd’hui, malgré la coupure de la logique symbolique ou mathématique, systématisée finalement par Quine, c’est une formalisation de certaines propositions, c’est a dire d’une partie du langage. Cette formalisation va lui permettre a Lacan d’écrire le rapport sexuel. Il faut voir et comprendre comment, et il ne convient pas se précipiter a l’ontologiser. Comme vous savez, je peux écrire quelque chose qui n’a pas une correspondance dans la réalité : c’est toute la littérature de fiction, s’il ne l’est pas toute la littérature tout court.

Cette logique s’appuie sur le principe de bivalence, deux valeurs que s’opposent et qui sont complémentaires, en se délimitant et se limitant mutuellement, formant un tout complet qu’on confond avec la totalité. Deux principes qui sont un, et qui se réfléchissent en dichotomies comme:

Actif - passif

Forme - matière

âme - corps

Potence - acte

Mâle - femelle

Masculin - féminin

Homme - femme


qui n’ont pas de sens l’un sans l’autre. Comment à partir de là s’engendre-t-il une classe? Moyennant un trait unique -Lacan parlera de « trait unaire »- en tant qu’il est unifiant de la classe, la génère et la fonde comme une. Étant donné un objet, s’il possède le trait, alors il appartient à la classe, s’il ne le possède, il n’y appartient pas. Cela peut être réversible et opérer comme marque d’identité, c’est-à-dire, comme modèle ou matrice d’identification, dépendant d’une catégorie symbolique préalable que signifie le réel en tant que signifiable.

Mettons que ce trait était la présence du pénis () ou de vagin (V). Nous avons :


∀xm ∏(x); ∀xm ¬ V(x)


∀xh ¬∏(x); ∀xh V(x)


L’Universel () qui engendre la classe fonde le « un », un prédicat jugée essentiel, et pas accidentel, signe caractéristique, en tant qu’il est l’attribut qu’unifie tous les individus appartenant à une et à la même classe.

A noter qu’encore nous n’avons pas élevé cet attribut à la catégorie phallique, en le disant d’une autre façon, en terminologie frégéenne: Φ (∏), n’est pas nécessairement vrai : il sera comme ça seulement si ∃x Φ(∏), condition nécessaire, mais pas suffisante pour l’exercice de la fonction paternelle.

Cet ordre classificatoire s’appui sur une ontologie, c’est-à-dire sur la confusion d’une catégorie symbolique appliquée, avec une substance qui fait signe, nommée. De cette façon, on nie la signification et le sujet et le prédicat font « un » : le prédicat est ce qui est au fond, en dessous, ce sur quoi en retour le prédicat donne une consistance.

A partir du nécessaire, du pour tous [∀x P(x)], on déduit trois positions ontologiques:

Le contraire du nécessaire qui se définisse comme l’impossible, ce qui donne la valeur phallique


x P(x)     ∀¬ P (x)


∏ (x)     ∀x ¬ ∏ (x)


x V (x)     ∀¬ V (x).


Ici prend place le rapport sexuel avec l’universelle négative. Il est nécessaire (sûrement pas suffisant) que l’homme pour l’être, il a un pénis (l’homme n’est pas sans l’avoir), et impossible que la femme pour l’être, elle, elle l’a (la femme est sans l’avoir), mais de la même façon: il est nécessaire que la femme pour l’être ait un vagin (alors la femme n’est pas sans l’avoir), et impossible que l’homme pour l’être il en ait une (alors l’homme est sans l’avoir). Nous sommes dans ces termes dans l’ordre de la privation, comme manque symbolique d’un organe réel. Alors il y a rapport sexuel, dans le sens que, chacun privé de l’organe que l’autre sexe a et qui vient le compléter pour en faire des deux Un. Alors l’homme a besoin de la femme et la femme de l’homme, donc les deux ont l’un pour l’autre ce qui manque a l’un et a l’autre, c’est le fantasme qui gouverne le rapport.

Alors dans cette logique binaire classique, nous avons le domaine du principe de bivalence: il existe l’homme et la femme; principe d’identité: une femme est une femme et un homme est un homme, il n’y a pas de discordance ou béance; principe de non contradiction: un ne peut pas être à la fois homme et femme, c’est l’un ou l’autre selon le principe que s’en déduit du tiers exclu. Dans ces conditions  + V = U, ils forment un tout complet, en réalisant le fantasme de complétude phallique avec la subséquente négation de l’incomplétude.

Le subalterne engendre le possible: tel individu particulière a le statut de l’universelle affirmative:


Φ (x)

∏ (x)

x V (x)


Le passage de l’article défini du jugement d’attribution à l’indéfini: un, une, implique un jugement d’existence, c’est à dire du possible. Tel “homme” est un vrai homme, parce qu’il réalise dans son sexe ce dont tout homme est supposé devoir être.

La contradictoire, par la proposition particulière négative: il existe quelque chose qui nie l’Universelle affirmative introduit l’ordre du contingente (il est possible que non)


¸ (x)

¬V (x)


Le carré classique d’oppositions d’Apulée appliqué au rapport sexuel suppose une complétude de l’Autre, un univers du discours qui englobe toutes les possibilités, qu’il ne laisse pas rien en dehors de lui-même, donc fermé, et nous savons que c’est ce qui ne passe pas dans la logique du signifiant ouverte à une signification inédite, singulière. Notez que maintenant nous ne partons pas d’une totalité perdue, mais dès le départ il y a un manque, une incomplétude, qu’on peut nier ; ou bien, rétroactivement projeter de manière régressive sur une totalité ou un paradis mythique perdu ou une supposée union avec la mère nirvanique; ou bien, encore projectivement comme promesse ou foi dans un paradis futur, toujours pour demain naturellement, céleste ou terrestre. Ou bien à partir de là, il faut engendrer ou construire une totalité, une complétude : c’est ce que le sujet cherche (leur accomplissement serait le principe de la jouissance), en niant dans cette recherche le manque en question comme structural, c’est à dire pas accidentel ou contingent, ce dont il faut faire avec.

Le réel sexuel nécessite d’une autre logique, une autre négation que Lacan commence à formaliser depuis son séminaire IX sur l’identification qui ne se réduise pas à la privative de complémentarité, qui est la négation classique. C’est cette autre logique, que Lacan essaie d’introduire avec ses formules de la sexuation. Mais c’est dans le développement de cette logique modifiée que je vois des difficultés de la part des analystes lacaniens, même pour y rentrer, c’est-à-dire y rentrer sans tomber encore dans la logique classique, ou sans se référer à la logique intuitionniste que si bien en constitue une approximation, on ne peut pas la confondre avec elle. Son développement, on le laissera pour une autre occasion.

Merci par votre attention.


Barcelone, octobre 2007





1 Cf. E. KANT, Sur la différence de sexes et autres essais, Rivages poche, Paris, 2006.

2 Cf. LACAN, J. (1958): “La psychanalyse vrai et la fausse”, en Autres écrits, Seuil, Paris, 2001, p. 165-174.

3 Cf. R. JAKOBSON (1942-43), Six leçons sur le son et le sens, Ed de Minuit, Paris, 1976.

4 Cf. Écrits, p. 229-236.

5 Cf. mon intervention dans les Journées de Rome (6.05.2006), surtout le point: “Critique du biologisme et du point de vue freudienne”, p. 2-4.

6 Cf. mon intervention aux Journées de Barcelone (24.03.2007), où je me réfère a la critique du psychologisme, p. 4-5.

7 Écrits, p. 234.

8 Cf. Simone de BEAUVOIR (1949), Le deuxième sexe, Ed. Gallimard.

9 LACAN, J. “Radiophonie”, en Autres écrits, p. 437.

10 Cf. LACAN, J., “La science et la vérité”, en Écrits, p. 863.

11 WOLLSTONECRAFT, M. (1792) (1994): Vindicación de los derechos de la mujer, ed. de Isabel Burdiel, Madrid, Cátedra, Feminismos clásicos; otra edición de Marta Lois Gonzalez en Ed. Istmo, 2005.

12 OLYMPE DE GOUGES (1791), Déclaration des Droits de la femme et de la Citoyenne,

13 POULLAIN DE LA BARRE, F. (1673) (1984): De l’égalité des deux sexes, Fayard, Corpus des oeuvres de philosophie en langue française.

14 POULLAIN DE LA BARRE, F. (1674) (1993): De la educación de las damas, Madrid, Cátedra, Feminismos clásicos.

15 FRIEDAN, B. (1974): La mística de la feminidad, trad. de Carlos R. Dampierre, Madrid, Júcar.

16 MILLET, K. (1995): Política sexual, trad. de A. Mª Bravo García, Madrid, Cátedra.

17 FIRESTONE, S. (1976): Dialéctica del sexo, Barcelona, Kairós.

18 WITTIG, M. (1977): El cuerpo lesbiano, Pre-textos, Valencia.

19 WITTIG, M. (2006): El pensamiento heterosexual y otros ensayos, Trad. de J. Saez y P. Vidarte, Ed. Egales.

20 RUBIN, G. (1975): “El tráfico en las mujeres. Notas sobre la economía política del sexo”, trad. cast. en LAMAS, M. (comp.), El género, la construcción cultural de la diferencia sexual, UNAM, México, 1996, p. 35-96.

21 RUBIN, G.: “Reflexionando sobre el sexo: notas para una teoría radical de la sexualidad”, trad. cast. en VANCE, C. S. (1989): Placer y peligro, Talasa, Madrid, p. 113-190.

22 RICH, A. (2001): “Heterosexualidad obligatoria y existencia lesbiana” (1980) en Sangre, pan y poesía, Icaria, Barcelona, p. 41-86.

23 DE LAURETIS, T. (1991): “Queer theory: Lesbian and Gay Sexualities”, Differences: A Journal of Feminist Cultural Studies 3, 2, pp. Iii-xviii, Indiana University Press, Indianápolis. Véase de esta autora: (1992): Alicia ya no, Cátedra, Madrid; (2000): Diferencias, Horas y Horas, Madrid.

24 Existen numerosas obras traducidas al castellano de esta autora, todas ellas de lectura imprescindible: El género en disputa, Paidós, México, 2001; Cuerpos que importan, Paidós, Barcelona, 2002; Mecanismos psíquicos del poder. Teorías sobre la sujeción, Cátedra, Madrid, 2001; El grito de Antigona, El Roure, Barcelona, 2001; Lenguaje, poder e identidad, Síntesis, Madrid, 2004; Deshacer el género, Paidós, Barcelona, 2006.

25 SEDGWICK, E. K., (1998), Epistemología del armario, La Tempestad, Barcelona.

26 PRECIADO, B. (2001), Manifiesto contra-sexual, Opera Prima, Madrid.