« Un Pas tout Papou ? un pas pour un tout »
Catherine Fava-Dauvergne
Juillet 2007
Le sexe pose une énigme, et chacun l’abordera à son angle. Nous entendons dans les cures les embarras et impasses occasionnées par cette question. Et chaque outil à même d’ouvrir notre écoute est précieux. Les représentations imaginaires des corps féminin et masculin diffèrent dans les cultures individuelles et collectives, et aujourd’hui, je souhaite me laisser enseigner des Papous de Nouvelle-Guinée.
Dans “ La métaphysique des sexes”, Sylviane Agazinski1 fait très justement remarquer que dans la pensée occidentale, c’est la femme qui diffère de l’homme, jamais l’inverse.
Chez les Baruya de Papouasie, étudiés sur plusieurs années par Maurice Godelier2, c’est en quelque sorte les hommes qui diffèrent des femmes. Ce sont les femmes qui représentent l’entité complète, par leur capacité maternelle, capacité qui manque aux hommes. Elles ont cet « en-plus » que les hommes comptent bien récupérer, et les hommes légifèrent l’espace des sexes dans la tentative de se l’approprier.
Le corps des femmes est contenant, elles possèdent un intérieur du corps, énigmatique sexe-matrice, en échange avec l’espace extérieur au corps. Elles sont doublement contenantes, elles peuvent porter un enfant, au versant maternel de leur corps, et elles sont accueillantes du pénis qu’elles n’ont pas, au versant féminin. Contenantes donc à la fois d’un enfant et contenantes du phallus, deux termes que nous voyons ici mis en équivalence.
Les hommes Baruya se doivent d’acquérir cette complétude, ce « tout » relativement à l’espace, cumulant les deux fonctions du corps. La fonction « contenu » des corps, ce qui est partagé par tous, en effet, chacun a été contenu dans un corps maternel. Et la fonction contenante du corps, que le seul corps des femmes possède, capacité de contenir un autre corps, quelqu’en soit le sexe, autant le sexe féminin que le sexe masculin. Et cela, semble inacceptable, un masculin doit naître du masculin.
Cl. Lévi-Strauss a avancé dans “La potière jalouse”, “ le mythe en bouteille de Klein, pour modéliser les représentations du corps sexué et leurs fonctions spatiales différentes.
La modélisation de la bouteille de Klein, avancée par C.L.S., repris comme paradigme du corps dans l’exposition d’anthropologie du musée des arts premiers : “Qu’est-ce qu’un corps ?”, nous indique qu’il y a peut-être ratage, et nous allons le voir plus avant.
Les masques à trompe illustrent bien cette représentation, où le nez-bec de caloa (représentation du pénis) vient en place de bouche et se met en continuité avec le pénis lui-même, phallus érigé vers la bouche qui l’absorbe et avec lequel elle se met en continuité.
- La bouche, organe commun au masculin et au féminin est réapproprié par le masculin, transformé en un symbole phallique qui le déféminise.
- La mise en continuité de l’orifice du corps, la bouche-nez-bec avec le pénis érigé représentant du masculin, est paradigme du mythe originel de la naissance de l’homme, issu du corps sarbacane qu’il est lui-même. L’interne et l’externe du corps mis en continuité Kleinienne. Extime du corps.
Nous ne développerons pas ici ce mythe fort intéressant pour ses conséquences notamment sur la musique. On retrouve ce thème mythique des flûtes en Amazonie, bâton creux, donc centré d’un vide, vide-manque qui fait appel d’air.
Soi le souffle est éjecté fortement et propulse le projectile, c’est alors une arme porteuse de mort, ou bien le souffle est retenu pour y vibrer, sonorité de la flûte qui produit la musique, voix des esprits.
Que la bouteille de Klein soit la mise en continuité de l’interne et de l’externe, oui, nous n’en doutons pas, cependant que cela réalise la fonction contenante qui manque au masculin, il y a à objecter. Objet topologique, la bouteille de Klein n’est bouteille que par imaginarisation, surface dynamique sans bord, elle ne semble pas en capacité de pouvoir retenir, donc contenir quoique ce soit. Elle ne retient rien, dans sa définition dynamique même, elle met en continuité, elle est lieu de traverse, contenant éphémère, pour ainsi dire ratant la fonction rétensive qu’a un contenant.
Le corps contenant resterait encore maternel. Et dans la confusion entre fonction contenante, maternelle, et portante, qu’il ne reste plus au féminin qu’à se contenter de porter.
Ce pouvoir repris aux femmes se maintient en se réglant sur un ensemble de tabous, dont l’ultime est qu’il ne faut pas révéler aux femmes qu’elles ont cet « en plus ».
Elles doivent également rester dans l’ignorance du mythe d’origine, qui est d’une part origine paradigme d’enfantement, mais également révélation de leur pouvoir originaire . Aux origines, ce sont les femmes qui possédaient le « tuyau mythique, sarbacane-arme, flûtes. Mais elles en mésusaient. Très adroites, elles tuaient trop de gibier, et trompaient les hommes en leur faisant croire que la musique qu’elles produisaient des flûtes était la voix des esprits. Lorsque les hommes s’en rendirent compte en bravant les interdits, ils massacrèrent toutes les femmes initiées, ne gardant que les jeunes filles, encore ignorantes du mythe, et prirent les armes et les flûtes dont les femmes, dorénavant, furent privées et ignorantes.
Que le phallus fut à l’origine porté par les mères, il y a fallu un meurtre et son refoulement, le pouvoir des uns se fondant de l’ignorance maintenue des autres.
Les hommes doivent donc d’abord s’extraire du maternel qui les a portés, contenus, pour ensuite acquérir la capacité contenante des femmes par une initiation complexe.
Pour devenir homme, le garçon doit d’une part, renaître par une matrice masculine, donc contenu par le masculin et d’autre part acquérir le pouvoir contenant en devenant porteur du masculin.
Il est accompagné dans ce long périple par l’oncle maternel, versant masculin de la mère, il est « le » maternel, et devient le personnage le plus important dans la vie du jeune garçon enlevé à la mère. C’est nuitamment et vers l’âge de 7-9 ans qu’il est amené dans la maison des hommes. Il ne retournera au village où se trouvent les femmes que lorsque lui-même sera marié et qu’une maison lui sera construite pour y fonder son propre nucléus familial. Il n’aura plus revu sa mère jusque-là.
Lors de l’initiation, qui se fait par degrés, ( 4 étapes), il devra repasser par un matriciel masculin qui le déféminisera, symbolisé par un masque-panier, nasse tressée en forme de crocodile ou autre animal engloutissant. Et nous pensons là au crocodile lacanien où un bâton-phallus viendra barrer la gueule prête à nous dévorer. Gueule dévorante que nous retrouvons si souvent représentée dans les dessins de nos petits analysants.
Le bâton-phallus qui fait nom-du-père est amené ici par l’oncle maternel, « le maternel », c’est lui qui le fait accéder à son être de sujet, dans le symbolique de l’initiation. Il tient à distance les instances dévorantes soumises au logos par la voie des hommes, perdues et qui hantent du fait de cette perte.
Introduction magistrale au phallique. C’est « un » maternel qui y fonctionne, il perdure ici, cependant, sous le joug phallique maternel, dans la persistance des croyances sexuelles premières.
Le père symbolique, déjà mort, sédimenté sur la mère symbolique, avait été destitué, bien antérieurement, dans le mythe, avant qu’il n’eût récupéré les flûtes aux femmes.
Après être donc repassé par un contenant masculin (le masque crocodile de la maison des hommes), et ainsi devenu masculin car né d’un corps symbolique masculin, il a à devenir lui-même contenant.
C’est en ingérant du sperme qu’il devient matrice du masculin, matrice de lui-même. Il y est contraint par des fellations sur de jeunes hommes n’ayant eu encore aucun contact avec le sexe féminin, car ce contact transféré sur lui le féminiserait à nouveau. C’est ce qui a pu faire dire à certains observateurs qu’il y avait des pratiques homosexuelles. Il est à noter que pour les Baruya la sodomie n’est pas envisageable, voire ridicule, l’anus ayant des connotations mythiques précises. Un rite particulier consiste à ce que l’oncle maternel, à un moment de l’initiation de son neveu, frotte son anus sur la cuisse de celui-ci, avec grande gêne, signe d’humiliation.
A noter que ces pratiques ont été observées en un temps où cette culture, de fait, se trouvait écartée des échanges avec le reste du monde., « découverte » seulement au début des années cinquante, la culture Baruya a ensuite subi des remaniements considérables. C’est au décours d’une longue et rigoureuse observation et écoute que M. Godelier nous a offert ce précieux matériau, témoignage d’un ancien mode de vie.
L’”en plus” du maternel est le pouvoir de fabriquer de la vie, mais aussi de la mort.
Le sang menstruel vient signer l’infanticide, refus par leur corps de porter l’enfant engendré par le masculin. Pouvoir de mort qui vient représenter l’angoisse de castration.
Cela règle les tabous dominant la vie sexuelle, et leur stricte observance lors de l’acte sexuel vise à ce que les hommes ne soient pas à nouveau féminisés par le sexe-matrice avide à les dévorer.
S’il est féminisant pour le garçon, le maternel qui l’a contenu est dangereux, de ce fait même.
Mais le maternel est dangereux également du fait que la matrice est lieu de mort.
Le sang menstruel signe la mort, et le pouvoir des femmes est un pouvoir de vie et de mort.
Ce pouvoir échappe aux hommes, ils n’ont que le pouvoir de porter la mort. Si du sang s’écoule du corps d’un homme, soit le sang se figera et la blessure cicatrisera, soit il en mourra. Lors de combats, il porte et reçoit des coups mortels.
Mais il ne porte pas la vie, alors que du corps des femmes s’écoule, rythmé par le temps lunaire, un sang dont elle ne meurt pas, magie des femmes.
Ce sang signe la non grossesse. Elle ont mis à mort dans leur corps ce que l’homme y avait déposé et nourri de son sperme. Le sang menstruel signe le refus, la résistance au vouloir des hommes, et l’infanticide.
Cela indique donc la défection de la mère. Une femme n’est pas autre que non-mère.
Nous pouvons là avancer que par équivalence, l’infanticide signe la castration, et le sang est trace, traçage répété, commémoration de la castration et fait horreur.
“Voir”, dans le langage familier, c’est “avoir” ses règles. Voir le sang, c’est tout autant être sous le regard fascinant de la Méduse, réversion des regards, la tête de Méduse fascine, fige, regard de l’Autre qui fige les sangs.
Ce sang signe la castration, la mort, et l’« horripilation » est à son comble, sang du meurtre perpétré envers l’enfant-phallus,
Marguerite se fige d’horreur devant le sang de ses règles, la vie s’arrête, prise de panique, elle ne va plus en cours, le temps est suspendu, et son corps intouchable. Elle identifiera rapidement la mort en filigrane de ce sang. Leur écoulement est confusion des sang, celui de la mort du père, accidenté et cet autre sang, mensuel, qui s’écoule de son corps. Par amour, identifiée au père, elle pourrait aussi en mourir, par retour du mort qui viendrait réclamer le paiement de sa dette, paiement inscrit dans son prénom. Sang menstruel à l’écoulement continu qui vient se confondre au sang du mort qui s’est figé. Marguerite guette le tarissement, avec soulagement, elle en sort indemne, jusqu’à l’angoisse du prochain mois. Elle ne pourra accepter ce sang que lorsque celui-ci se défalquera de celui du père, du père mort.
Les dangers du féminin règlent donc les tabous dominant la vie sexuelle et leur stricte observance lors de l’acte sexuel vise à ce que les hommes ne soient pas à nouveau contaminés par le sexe-matrice, avide à les dévorer.
Il ne faut pas enfreindre les rites, régis par la loi phalliquement édictée.
S’il y a infraction, que les corps ce sont donné libre cours, c’est la communauté entière qui est mise en danger. Dans cette société de survivance, rien ne doit venir contrarier ce qui ordonne le monde. Tout évènement malheureux est à mettre au compte de manquements ou violations individuels et collectifs à la loi du logos phallocentrée.
Toute position lors du coït qui viendrait placer le sexe féminin au-dessus du sexe masculin est à prohiber. Pas seulement par souci que le corps de l’homme se trouve en position de supériorité et que le corps féminin soit ainsi soumis à l’espace euclidien qui régule le phallique, mais surtout pour que les fluides corporels féminins ne viennent pas s’écouler sur le corps masculin et ainsi le “contaminer” à nouveau de sa féminité, le reféminiser.
Lors du coït, le contact avec le sexe d’une femme est au risque, non seulement de féminiser l’homme qui s’y risque, mais de ramener à la mère.
Mère à laquelle il a été arraché par la loi des hommes, mère interdite, vers qui il revient lorsqu’il prend femme, de retour au village. Cette proximité, femme, mère est tout à la fois indiquée et interdite. Il revient à la mère lorsqu’il prend femme et l’interdit révèle d’autant plus ce retour, cette proximité, sexe et matrice.
Le coït est donc redoutable, il est strictement régulé car au risque de l’inceste.
Et c’est au risque de rencontrer la mère phallophore du mythe derrière le féminin castré par la loi des ancêtres masculins, des pères.
A l’issue de son initiation, l’homme se trouve donc être « tout », un masculin, « tout phallique ». Il aurait cumulé les fonctions contenu et contenant, il aurait récupéré l’« en plus » des femmes. Il se complèterait du (féminin)-maternel qui échappait au masculin. Ce « tout » qui revient au phallique est un tout phallique qui objecte aux femmes leur féminité, et l’on peut penser qu’en les en privant, ils s’en privent.
Je me posai alors la question de l’existence de la grâce dite féminine chez les femmes Baruya, et là où leur grâce pouvait s’exprimer, la danse. Dans un échange de courriels, Maurice Godelier a eu la grande gentillesse de m’apporter une piste, et qu’il en soit remercié : il est semble-t-il bien difficile de répondre à cette question, car il n’a pu être observer que quelques manifestations de coquetterie et de séduction chez certaines jeunes filles, et ce toujours avant le mariage.
Cela nous amène à penser qu’effectivement, ce « tout » récupéré par les hommes se fait au prix du refoulement du féminin.
Peut-être les hommes ratent-ils ce que le féminin pourrait leur apporter, d’autre espace, par la grâce qu’elles y feraient virevolter.
Ce n’est qu’hypothèse et il serait bien intéressant de suivre plus avant cette piste, la clinique nous posant incessamment la question de l’« horreur » du féminin.
C’est vers 5 ans, lors des premiers bains communs avec sa jeune soeur, que découvrant le sexe de celle-ci, il développe à son égard une aversion violente, toujours active trente ans plus tard. Aversion d’autant plus tenace que la soeur a toujours été l’adorée du père, l’épargnée de sa violence. L’en plus est ici l’amour du père, marqué d’un pas de pénis du côté soeur, là où son pénis à lui, bien présent semble lui ôter l’amour paternel.
Pour être aimé du père faut-il donc être castré. La brutalité des coups pourrait y mener, à sa castration, pas sans une érotisation de ce rapport corporel violent. Pour y échapper le symptôme viendra à point nommé.
L’horreur du pénis fantasmatiquement retranché de la fille s’inscrit dans une anorexie précoce que le sang de la viande tranchée condense, le père se profilant en arrière plan.
Un pan de l’anorexie peut s’éclairer du rapport à la castration avec tous ses dépliements, et le cannibalisme interroge ce rapport. Je n’en dirai ici que quelques mots.
Nous avons déjà aperçu dans l’inédie mystique cette trace. L’hostie, symbole du corps christique, vient, comme seule nourriture ingérée, représenter cette incorporation du corps mort du représentant du père par consubstantialité. Cette incorporation est identification cannibalique, ce que les gênes enfantines à la communion peuvent indiquer. Comme cet homme jeune qui lors d’une séance se remémore le soin attentif qu’il mettait à ne pas mordre Le Corps et les longues pratiques rituelles autopunitives qui s’en suivaient si par maladresse ses dents entraient en contact avec le christ fondant dans sa bouche.
Si la femme est complète, c’est à maintenir la mère non castrée, en s’alliant les bons auspices des pères. Si la mère reste non castrée, c’est qu’aucun agent castrateur n’est à l’horizon du fils.
La féminisation du garçon est ici explicite, et les Papous en resteraient à la féminisation par la mère. Les rites d’initiation complexes ont pu être qualifiés d’homosexuels, ce qui réduit la question et ne laisse pas apparaître que si la question de la féminisation par le père n’est pas abordé par le mythe comme faisant problème, c’est parce qu’elle régule elle-même, et hiérarchise la société des hommes.
Cela fera peser sur les femmes toute la question, et question qui pourra être maintenue refoulée.
La féminisation par la mère, comme base du rapport entre les sexes permet d’échapper à la question de la féminisation par le père et de la castration de la mère.
Marque d’un dépit envers la mère, dépit de la constatation de son absence de pénis et le mépris qui s’en suit, cultivé par la société des hommes et entériné dans l’initiation?
Dépit de la perte première, de la perte de l’objet qui se répète dans l’arrachement brutal du garçon à sa mère. Il aura appris entre temps à se défier des femmes et à les craindre dans la domination.
Il aura appris que son sperme est puissance de vie et fluide dont tout découle. Il aura à le donner à boire à son épouse pour qu’elle y puise ce qui lui manque, il lui concèdera ainsi, de manière transitoire, un peu de sa virile force. Le sperme fera aussi le lait donné au nourrisson lors de l’allaitement. Mais dans le plus grand secret, les femmes s’allaiterairent mutuellement pour prélever aux hommes ( nourrissons garçons), une part de ce qui leur revient de droit.
En bout de conclusion
Selon les hommes, ce que les femmes n’avaient pas, le pénis, était compensé largement par l’enfant qu’elles enfanteraient. Et les hommes le leur enviait, n’acceptant pas que le garçons ne naissent pas des hommes.
Et le pas de pénis était-il pensé par les baruya comme un tout avoir ? l’enfantement mettant en équivalence enfant et pénis, en en redoublant l’équivalence du fait que le masculin aussi naissait du féminin.
De plus, le « tout avoir », devenait ici le « tous » phalliques, dans la croyance persistante de la possession du phallus par la mère. Phallus qu’il fallait reprendre, par la force et la contrainte, voire le meurtre, et ce, sur le dos des femmes.
Le « pas de pénis » renvoie les hommes à une castration possible qui fait l’horreur du sang, castration perpétrée ici dans le mythe par les premiers hommes qui ont jugé que les femmes mésusaient de leur puissance, châtiment qui finit de convaincre les hommes de respecter les tabous pour ne pas être eux-même victime de la vindicte des hommes qui les antécède, ancêtres phallophores. Se soumettre à la loi toute phallique serait garant que la castration est reconduite sur les femmes.
Dans l’angoisse que suscite le « pas » de pénis, la réponse va vers un « tout » qui exclue toute « autre ».
L’en-plus qu’est le maternel représenterait alors la barre qui n’est pas posée sur le A, le légiférer et le tenir en tant qu’ultime tabou, serait le barrer. Mais pour qu’il se barre vraiment, le A, il faudrait que les femmes n’en soit pas exclues.
On pourrait aller jusqu’à avancer que pour les papous et quelques autres, LA femme existe, non barrée, et elle est confondue au grand Autre, tout autant inbarré.
Elle reste un tout qui fait horreur et dont l’horreur est régulée par les tabous. Et ils ne s’approprient que le semblant du semblant du féminin, dans la confusion persistante entre féminin et maternel où le féminin n’est qu’un passage, étape obligée pour accéder au maternel.
Dans le défaut de LA femme, LA mère nous ramène à la grande engendreresse.
LA phallique confondue à l’aphallique.
Mais à y bien regarder, l’en plus du féminin est manque, soustraction. La fonction contenante implique le vide, le trou autour duquel le contenant se constitue de ce qu’il contient.
Ainsi le vide est contenu mais en appelle à être comblé, vide de la flûte du mythe par lequel la traversée du souffle fait sonorité, voix, vie. Vie qui se révulse en mort lorsque la flûte se mue en arme. Réversion aux deux mêmes extrêmes de l’impensable, vie et mort, les deux pouvoirs supposés aux femmes. Dans cette proximité de leur corps contenant, elles tutoient le réel.
L’en plus serait ainsi le manque, vide, trou, objet sans objet qui cause du désir aux hommes. Vouloir le posséder, ce non objet qui ne peut que manquer, penser le dérober aux femmes, serait ne pas les en laisser jouer pour le plus de jouissance de tous.
1 Sylviane Agazinski « La métaphysique des sexes : masculin/féminin aux sources du christianisme » Points Essais ; janvier 2007.
2 Maurice Godelier “ La production des grands hommes” Champs Flammarion 2003.