“Psychanalyse et médecine” ou “La question de l'analyse profane” (1925)
Postface de Sigmund Freud publiée en 1927
http://www.uqac.uquebec.ca/zone30/Classiques_des_sciences_sociales/classiques/freud_sigmund/psychanalyse_et_medecine/postface.html
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Une édition électronique réalisée à partir
du texte Postface (1927) au texte de Sigmund Freud, “La question de l'analyse
profane” ou “Psychanalyse et médecine”. Traduction de Nachwort zur
"Frage der Laienanalyse" in Sigmund Freud, Frage der Laienanalyse Gesammelte
Werke, Werke aus den Jahren 1925-1931 (p.287 à p.296), 1948 Imago
Publishing Co., LtD., London. Cette postface a été publiée
à l'issue d'une discussion organisée par la Revue Internationale
de Psychanalyse, en été 1927 (13ème année, N°
2 et 3), sur la question de l'analyse profane. (Note du texte allemand).
Une traduction originale réalisée par notre collègue
et ami, Philippe Folliot, professeur de philosophie au Lycée Ango
de Dieppe et responsable du site web Philotra.
Postface (1927) (note 1)
Traduction de Nachwort zur "Frage der Laienanalyse"
in Sigmund Freud, Frage der Laienanalyse
Gesammelte Werke
Werke aus den Jahren 1925-1931 (p.287 à p.296), 1948 Imago Publishing
Co., LtD., London
Traduction de Philippe Folliot, Professeur de philosophie au Lycée
Ango de Dieppe.
Octobre 2002
Le motif immédiat de la rédaction de mon petit écrit,
pour lequel les discussions (Note 2) qui précèdent ont été
ici entamées, fut que les autorités viennoises accusèrent
notre collègue non médecin, le Dr. Reik, d'être un charlatan.
On peut dire qu'il est connu partout que cette plainte fut abandonnée
après qu'on eut conduit toutes les enquêtes et regardé
de près différents rapports. Je ne crois pas que ce succès
doit être imputé à mon livre. Les circonstances s'avérèrent
trop peu favorables au maintien de la plainte et il fut prouvé que
la personne qui avait porté plainte pour préjudice était
peu digne de confiance. L'arrêt de la procédure contre le Dr.
Reik n'a sans doute pas la signification d'un jugement de principe du tribunal
viennois dans la question de l'analyse profane. Quand j'ai donné le
jour à la figure du partenaire "impartial" dans ce livre qui défendait
une thèse, j'avais en tête l'un de nos hauts fonctionnaires,
un homme à l'esprit bienveillant et à l'intégrité
peu ordinaire, avec qui j'avais eu moi-même une conversation sur la
façon dont avait été conduite l'affaire Reik et à
qui j'avais ensuite, conformément à son souhait, remis un mémoire
personnel sur cette question. Je savais que je n'étais pas parvenu
à lui faire adopter mon point de vue, et c'est pourquoi je n'ai pas
laissé mon dialogue avec le partenaire impartial se terminer sur un
accord.
Je n'escomptais pas non plus parvenir à faire se rapprocher les analystes
eux-mêmes sur la question de l'analyse profane pour qu'ils adoptent
une prise de position commune. Celui qui, dans ce recueil, comparera la déclaration
de la Société hon-groise avec celle du groupe de New York présumera
peut-être que mon écrit n'a rien arrangé du tout, et
que chacun conserve fermement le point de vue qu'il défendait avant.
Non seulement je ne le crois pas, mais je pense que de nombreux collègues
auront modéré leur prise de position extrême, et que
la plupart auront embrassé mon opinion, c'est-à-dire l'idée
que la question de l'analyse profane ne doit pas être tranchée
à partir des coutumes traditionnelles, mais qu'elle naît d'une
situation inédite et demande qu'on rende un nouveau jugement.
La tournure que j'ai donnée à toute la question semble avoir
aussi rencontré du succès. J'ai bien mis au premier plan cette
thèse : il ne s'agissait pas de savoir si l'analyste est pourvu d'un
diplôme médical, mais s'il a acquis la formation spéciale
qui est nécessaire à l'exercice de l'analyse. On peut rattacher
à cela la question qui a été discutée avant tant
d'ardeur par les confrères : quelle est la formation la plus appropriée
pour un analyste? Je pensais, et je soutiens encore aujourd'hui, que ce n'est
pas celle que l'université prescrit au futur médecin. La soi-disant
formation médicale me semble être un détour pénible,
elle donne, il est vrai, à l'analyste beaucoup de ce qui lui est indispensable,
mais elle le charge en plus de nombreuses choses qu'il ne pourra jamais utiliser,
et elle apporte avec elle le danger que son intérêt comme sa
manière de penser soient détournés de la compréhension
des phénomènes psychiques. Le plan de formation de l'analyste
est en premier lieu à élaborer, il doit englober aussi bien
les sciences de l'esprit, la psychologie, l'histoire de la civilisation,
la sociologie, que l'anatomie, la biologie et l'histoire de l'évolution.
Il y a là tant à apprendre qu'on peut légitimement retrancher
de l'enseignement ce qui n'a pas de rapport direct avec l'activité
analytique et ce qui ne peut contribuer qu'indirectement, comme toute autre
étude, à la formation de l'intellect et de l'observation sensible.
Il est facile d'objecter à cette suggestion qu'il n'y a pas de telles
écoles supérieures d'analyse, et que c'est là une exigence
idéale. En effet, c'est un idéal, mais qui peut être
réalisé, et qui doit l'être. Nos instituts d'enseignement
sont, malgré toute leur insuffisance juvénile, déjà
le commencement d'une telle réalisation.
Il n'aura pas échappé à mes lecteurs que, dans ce qui
précède, j'ai supposé évident quelque chose qui,
dans les discussions, est encore violemment contesté; à savoir
que la psychanalyse n'est pas une spécialité de la médecine.
Je ne vois pas comment on peut refuser de le reconnaître. La psychanalyse
est une partie de la psychologie, non pas de la psychologie médicale
au sens ancien, ou de la psychologie des processus morbides, mais tout bonnement
de la psychologie, assurément pas toute la psy-chologie, mais son
soubassement, peut-être bien son fondement. Qu'on ne se laisse pas
induire en erreur par la possibilité de son utilisation à des
fins médicales. L'élec-tricité et les rayons x aussi
ont trouvé une application en médecine, mais la science qui
traite des deux est pourtant la physique. De même, des arguments historiques
ne peuvent rien changer à cette appartenance. La théorie entière
de l'électricité est partie d'une observation d'une préparation
nerf-muscle, et pourtant personne ne prétend aujourd'hui qu'elle est
une partie de la physiologie. Pour la psychanalyse, on avance qu'elle a été
inventée par un médecin alors qu'il s'efforçait d'aider
ses malades; mais, manifestement, cela ne fait aucune différence pour
en juger. Cet argument historique est même très dangereux. En
continuant, on pourrait à ce sujet rappeler quelle très mauvaise
grâce, oui, quel rejet haineux, le corps médical a dès
le début adopté contre l'analyse. Il s'ensuivrait qu'il n'a,
aujourd'hui encore, aucun droit sur l'analyse. Et vraiment, bien que je refuse
une telle conclusion, je suis encore aujourd'hui méfiant et je me
demande si la façon des médecins de racoler la psychanalyse
est à ramener, dans la perspective de la théorie de la libido,
au premier ou au deuxième des sous-stades d'Abraham, s'il s'agit là
d'une appropriation avec le dessein de détruire ou de conserver l'objet.
Pour en rester encore un moment à l'argument historique : comme il
s'agit de ma personne, je peux donner, à ceux qui s'y intéressent,
un aperçu de mes motifs per-sonnels. Après quarante et une
années d'activité médicale, ma connaissance de moi-même
me dit que je n'ai pas vraiment été un véritable médecin
(Note 3). Je suis devenu médecin par une déviation de mon intention
originelle, déviation qui m'a été imposée, et
le triomphe de ma vie se trouve en ce que, après un grand détour,
j'ai retrouvé ma direction initiale. De mes premières années,
je n'ai aucune connaissance d'un besoin d'aider les hommes dans la souffrance,
ma prédisposition sadique n'était pas très importante,
et aussi ce besoin n'eut pas besoin de développer ses rejetons. Je
n'ai jamais non plus joué au "docteur", ma curiosité infantile
empruntant d'autres voies. Dans mes années de jeunesse, le besoin
de comprendre quelque chose des mystères de ce monde et de contribuer
pour quelque chose à leur solution fut chez moi immo-déré.
L'inscription à la faculté de médecine me sembla être
la meilleure voie pour répondre à ce besoin mais je m'essayai
- sans succès - à la zoologie et à la chimie, jusqu'à
ce que, sous l'influence de von Brücke, la plus grande autorité
qui se soit exercée sur moi (Note 4), je m'en tienne à la physiologie
qui, à vrai dire, à cette époque, se limitait trop à
l'histologie. J'avais alors subi tous mes examens de médecine, sans
m'intéresser à rien de médical, quand le vénéré
professeur s'efforça de me convaincre en me disant que, dans ma misérable
situation matérielle, il me faudrait éviter une carrière
de théoricien. Je passai ainsi de l'histologie du système nerveux
à la neuropa-thologie et, grâce à de nouvelles motivations,
j'en vins à m'intéresser aux névroses. Mais je pense
que l'absence de véritable disposition médicale en moi n'a
pas nui à mes patients, car le malade n'a pas beaucoup à gagner
si l'intérêt thérapeutique, chez le médecin, est
trop accentué affectivement. Pour lui, le mieux est que le médecin
soit froid et le plus correct possible dans son travail.
L'exposé qui a précédé a assurément peu
contribué à clarifier le problème de l'analyse profane.
Il devrait seulement confirmer ma légitimation personnelle, alors
que j'épouse clairement la cause de la valeur propre de la psychanalyse
et de son indépendance par rapport à son application médicale.
Mais on m'objectera ici que la question de savoir si la psychanalyse, en
tant que science, est un secteur de la médecine ou de la psychologie,
est une question de théoriciens, sans aucun intérêt pratique.
Ce dont il est question, c'est d'autre chose, précisément de
l'utilisation de l'analyse pour le traitement des malades, et il s'agit de
savoir si elle doit accepter d'être admise comme spécialité
à l'intérieur de la médecine, comme par exemple la radiologie,
et de se soumettre, en ce qui concerne toutes les méthodes thérapeutiques,
aux règlements en vigueur. Je l'avoue, il faut le concéder,
je veux seulement savoir avec certitude que la thérapie ne tue pas
la science. Mais hélas, toutes ces comparai-sons ne mènent
pas très loin, et l'on arrive à un point où les deux
éléments comparés se séparent. Le cas de l'analyse
est autre que celui de la radiologie. Les physiciens n'ont pas besoin d'hommes
malades pour étudier les lois des rayons x, mais l'analyse n'a pas
d'autre matériel que les processus psychiques des hommes, et l'étude
ne peut en être faite que sur les hommes. Comme certains rapports sont
simples à com-prendre, l'homme névrosé est un matériel
beaucoup plus instructif et accessible que l'homme normal, et si l'on retire
ce matériel à celui qui veut apprendre et pratiquer l'analyse,
on lui a réduit ses possibilités de formation d'une bonne moitié.
Loin de moi, naturellement, l'idée de réclamer que l'on sacrifie
l'intérêt du malade qui souffre de névrose à celui
de l'enseignement et de la recherche scientifiques. Mon petit écrit
sur la question de l'analyse profane se donne précisément la
peine de montrer qu'en observant certaines précautions, les deux sortes
d'intérêt peuvent très bien s'accorder et qu'une telle
solution ne sera pas la dernière à servir l'intérêt
médical bien compris.
Ces précautions, je les ai moi-même toutes indiquées.
Je me permets de dire que la discussion sur ce sujet n'a rien ajouté
de nouveau, et je voudrais attirer l'attention sur le fait qu'elle a distribué
les accents d'une manière qui ne tient pas compte de la réalité.
Tout est vrai de ce qui a été dit sur la difficulté
du diagnostic différentiel, de l'incertitude dans l'estimation des
symptômes corporels dans de nombreux cas, ce qui rend donc nécessaire
un savoir médical ou une intervention de la médecine, mais
le nombre de cas où un tel doute n'apparaît pas du tout, où
on n'a pas besoin de médecin, est pourtant incomparablement plus important.
Il se peut que ces cas n'aient aucun intérêt scientifique, mais
ils jouent dans la vie un rôle assez considérable pour justifier
l'activité d'un analyste profane qui soit à la hauteur. Il
y a quelque temps, j'ai analysé un confrère qui manifestait
un refus particulièrement tranchant que quelqu'un qui n'est pas lui-même
médecin se permette une activité médicale. J'ai pu lui
dire : nous travaillons maintenant depuis trois mois. À quel moment
ai-je été obligé d'avoir recours à mon savoir
médical? Il avoua qu'on en avait jamais trouvé l'occasion.
Je ne suis pas non plus sensible à l'argument selon lequel l'analyste
profane, de-vant être prêt à consulter le médecin,
ne peut acquérir auprès de ses malades aucune autorité,
et ne peut pas atteindre une réputation plus haute que celle d'un
aide-soi-gnant, d'un masseur, ou d'autres personnes semblables. De nouveau,
en cela, l'analyse n'a pas su prévoir correctement que le malade a
l'habitude de conférer de l'autorité d'après son transfert
de sentiments et que la possession d'un diplôme médical lui
en impose beaucoup moins que ne le croit le médecin. L'analyste profane
de profession n'aura aucune difficulté pour atteindre la réputation
qui lui est due en tant que directeur de conscience laïque. Avec la
formule "direction de conscience laïque" (Note 5), on pourrait dépeindre
la fonction dont l'analyste, médecin ou profane, doit s'acquitter
auprès du public. Nos amis parmi les ecclésiastiques protestants,
et depuis peu, aussi catholiques, libèrent leurs paroissiens de leurs
inhibitions de la vie en façonnant leurs croyances après leur
avoir offert un rudiment de lumières psycholo-giques sur leurs conflits.
Nos adversaires, les psychologues de la psychologie individuelle d'Adler,
s'efforcent de produire la même modification chez ceux qui sont devenus
inconsis-tants et incapables, après avoir éclairé un
seul recoin de leur psychisme, et leur avoir montré quelle part leurs
sentiments d'égoïsme et de méfiance ont dans leur maladie.
Ces deux procédés, qui doivent leur efficacité au fait
d'avoir suivi l'exemple de l'analyse, ont leur place dans la psychothérapie.
Nous, analystes, nous nous donnons comme but une analyse du patient aussi
complète et approfondie que possible, nous ne voulons pas le soulager
en l'accueillant dans une communauté catholique, protes-tante ou socialiste,
mais l'enrichir à partir de ce qu'il a à l'intérieur
de lui, en menant à son moi les énergies qui, devenues inaccessibles
à cause du refoulement, sont liées dans son inconscient, et
celles que, par ailleurs, le moi est forcé de gaspiller d'une manière
infructueuse pour le maintien des refoulements. Ce que nous pratiquons ainsi,
c'est la direction de conscience, dans la meilleure acception de l'expression.
Si nous nous sommes fixé en cela un but trop ambitieux, si la majorité
de nos patients valent seulement la peine que nous dépensons pour
ce travail, s'il n'est pas plus économique d'étayer de l'extérieur
ce qui est défectueux, plutôt que de le réformer de l'intérieur,
je ne puis le dire, mais je sais quelque chose d'autre. Dans la psychanalyse,
il y a eu dès le début une union entre la cure et la recherche,
la connaissance apportait la réussite, on ne pouvait traiter sans
apprendre quelque chose de nouveau, on n'ac-quérait aucune lumière
sans en éprouver l'effet bienfaisant. Notre procédé
analytique est le seul chez qui ce concours précieux est conservé.
C'est seulement quand nous exerçons la direction de conscience analytique
que nous approfondissons notre com-préhension - et l'on commence juste
à voir clair - du psychisme humain. Cette perspective de profit scientifique
fut le trait le plus noble et le plus agréable du travail analytique.
Avons-nous le droit de la sacrifier à une quelconque considération
pratique ?
Certains propos, dans cette discussion, font naître en moi le soupçon
qu'un point de mon écrit sur l'analyse profane a cependant été
mal compris. On prend la défense des médecins contre moi, comme
si je les avais déclarés universellement inaptes à l'exercice
de l'analyse, et comme si j'avais donné le mot de maintenir à
l'écart le renfort médical. Ce n'est pas dans mon intention.
Ce qui en a vraisemblablement fait naître l'apparence, c'est que, dans
mon exposé à visée polémique, j'ai dû déclarer
les analystes médecins sans formation encore plus dangereux que les
profanes. Ma véritable opinion, je pourrais la rendre claire en copiant
un cynisme rapporté jadis par Simplicissimus (Note 6) à propos
des femmes. L'un des interlocuteurs y déplorait les faiblesses du
beau sexe, et les tracas qu'il occasionnait, à quoi l'autre répondit
par cette remarque : mais la femme est encore ce qu'il y a de mieux dans
le genre. Je l'avoue, tant que n'existeront pas des écoles pour la
formation des analystes, les personnes ayant été préparées
en médecine seront le meilleur matériau pour les futurs analystes.
Seulement, on est en droit d'exiger que leur préparation ne prenne
pas la place de leur apprentissage, qu'ils triomphent de la partialité
qui se trouve favorisée par l'enseignement de la faculté de
médecine, et qu'ils résistent à la tentation de faire
de l’œil à l'endocrinologie et au système nerveux autonome,
là où il s'agit de saisir des faits psychologiques par des
concepts psychologiques se substituant aux autres concepts (Note 7). De même,
je partage l'avis de ceux qui s'attendent à ce que tous les problèmes
qui se rapportent aux connexions entre les phénomènes psychiques
et leurs fondements organiques, anatomiques et chimiques ne puissent être
pris en charge que par ceux qui ont étudié les deux types de
phénomènes, c'est-à-dire les analystes méde-cins.
Il ne faudrait cependant pas oublier que ce n'est pas là toute la
psychanalyse, et que, d'un autre côté, nous ne pourrons jamais
nous passer de la collaboration de personnes ayant été formées
aux sciences de l'esprit. Pour des raisons pratiques, nous avons, également
dans nos publications, pris l'habitude de séparer une analyse médicale
des applications de l'analyse. Ce n'est pas correct. En réalité,
la ligne de démarcation passe entre la psychanalyse scientifique et
ses applications dans le sec-teur médical et non médical.
Le refus le plus raide de l'analyse profane est soutenu dans ces discussions
par nos confrères américains. Je ne crois pas superflu de leur
répondre par quelques remar-ques. C'est à peine un abus de
l'analyse à des fins polémiques si j'exprime l'opinion que
leur résistance se réduit exclusivement à des motifs
pratiques. Ils voient dans leur pays que les analystes profanes se livrent
à des excès et des abus, et, par suite, qu'ils nuisent à
leurs patients comme à la réputation de l'analyse. Il est dans
ce cas compré-hensible qu'ils veuillent, dans leur indignation, se
mettre très à distance de ces parasites sans scrupules et exclure
les profanes de toute participation à l'analyse. Mais cet état
de choses suffit déjà à réduire la portée
de leur prise de position, car la question de l'analyse profane ne doit pas
être seulement tranchée d'après des considé-rations
pratiques, et les circonstances locales de l'Amérique peuvent pour
nous ne pas faire seules autorité.
La résolution de nos confrères américains contre l'analyse
profane, dictée essen-tiellement par des motifs pratiques, me semble
non pratique, car elle ne peut changer aucun des facteurs qui commandent
la situation. Elle a à peu près la valeur d'une tentative de
refoulement. Si l'on ne peut empêcher l'activité des analystes
profanes, si l'on n'est pas soutenu dans le combat contre eux par le public,
ne serait-il pas plus approprié de tenir compte du fait de leur existence,
en leur offrant des occasions de formation, en gagnant de l'influence sur
eux, et en leur indiquant comme perspective, pour les encourager, la possibilité
d'une approbation au sein du monde médical et d'un rapprochement en
vue d'une collaboration, de sorte qu'ils trouvent là un intérêt
à élever leur niveau moral et intellectuel.
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NOTES.
Note 1: Cette traduction ne prétend à aucune originalité.
Elle est motivée par une question de droits. La traduction Gallimard
(Janine Altounian, André et Odile Bourguignon, Pierre Cotet, avec
la collaboration d'Alain Rausy)(qui n'est pas du domaine public), en effet,
semble difficilement améliorable, étant d'une très grande
fidélité au texte freudien (les seules infidélités
sont motivées par la légitime nécessité d'éviter
des redondances ou des formulations que la traduction aurait rendues incorrectes).
Les différences de traduction sont insignifiantes, et la traduction
Gallimard de la postface doit demeurer la référence. Il eût
fallu être infidèle à Freud (dont le texte allemand est
d'une grande clarté) pour s'écarter sensiblement de cette traduction.
(NdT) (Retour à l'appel de note 1)
Note 2: Cette postface a été publiée à l'issue
d'une discussion organisée par la Revue Internationale de Psychanalyse,
en été 1927 (13ème année, N° 2 et 3), sur
la question de l'analyse profane. (Note du texte allemand) (Retour à
l'appel de note 2)
Note 3: La redondance est dans le texte de Freud. (NdT) (Retour à
l'appel de note 3)
Note 4: On pense aussi évidemment à Charcot. (NdT) (Retour
à l'appel de note 4)
Note 5: L'édition Gallimard ajoute à cette formule la deuxième
formule "cure d'âme laïque", à laquelle rien ne correspond
dans le texte allemand. Cet ajout se justifie très certainement par
une volonté d'atténuer le caractère normatif de l'expression
"weltiche Sellsorge". (NdT) (Retour à l'appel de note 5)
Note 6: Personnage de l'écrivain allemand Grimmelshausen (Les aventures
de Simplicius Simplicissimus). (NdT) (Retour à l'appel de note 6)
Note 7: Le passage est délicat : "Wo es darauf ankommt, psychologische
Tatsachen durch psychologische Hilfsvorstellungen zu erfassen". Ou nous considèrons
que "Hilfs" renforce "durch" ("à l'aide de") ou nous considérons
que les concepts sont ici des concepts de remplacement (un des sens possi-bles
des mots commençant par "Hilfs"), des concepts qui se substituent
à des modèles d'inter-pré-tation non psychologiques
(voir juste avant la remarque sur l'endocrinologie et le système nerveux
autonome). C'est là mon interprétation. (NdT) (Retour à
l'appel de note 7)
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